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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Portrait : Roger et Odette

Roger et Odette


La grande table ouverte.


Sur la route de Najac, demandant de l'eau, Roger me prie de continuer d'entrer. Une fois encore, des gens de ce pays ne redoutent pas de laisser pénétrer chez eux un vil traîneux. Il m'offre cette précieuse eau que d'autres plus loin m'avaient refusée.


Je n'étais pas aussitôt entré que sa femme Odette en guise de présentation me dit : « Vous resterez manger ! ». La formule ne supposait pas le refus, la dame, fille de garde-barrière (le détail est important) était déterminée à recevoir à sa table quand elle en avait envie.


Il faut lui reconnaître que sa table était grande, de celle qui servent dans les fermes de repas aux culs des batteuses. Interrogeant la dame sur la grandeur de sa table, elle me répondit qu'ici, on avait l'habitude de nourrir grande et bonne compagnie.


Je compris bien vite que la formule n'était pas que de façade, une vague de visiteurs arriva opportunément quelques minutes avant midi, à l'heure apéritive. Roger ouvrit bouteilles et Odette amuse-gueule, ici, l'hospitalité semble être une ligne de conduite.


Les buveurs partis, nous nous mimes à tables en compagnie d'une amie de passage tandis que son mari cuvait discrètement à l'étage. Je m'enquérais de la grande table et appris alors que quinze ans durant, Odette offrit gracieusement à manger aux employés de l'usine de son mari.


Roger donnait dans le béton avec une préférence particulière pour les escaliers et les appuis de fenêtre. Il avait déposé quelques brevets qui lui valaient bonne réputation et prospérité certaine. Il avait commencé face à la maison, depuis s'était agrandi dans une zone industrielle voisine avant que de connaître la bonne fortune de croître près de Montauban.


L'industriel prospère pouvait maintenant goûter un peu d'une retraite tranquille bien qu'il conserva un pied solide dans l'entreprise confiée à son fils. Il se consacrait ainsi à sa première passion, celle des vieilles motos. Une Térot 350 d'adolescence qui laisse en mémoire regrets et nostalgie jusqu'à ce que bien plus tard, le collectionneur en découvre une autre.


Un hangar est plein de ces vieux engins à deux roues qui doivent pétarader bien des fois dans le voisinage. Roger les entretient pour les faire rouler et faire des sorties avec d'autres fondus des ancêtres de nos japonaises actuelles.


Un accident récent l'a rappelé à plus de prudence, il passe sa fougue de jeune homme de soixante quatorze ans dans des manifestations locales dont il est à l'initiative. Il n'est pas peu fier de sa dernière trouvaille, un concours qui donne dans la volaille et la ripaille.


C'est à Roger que l'on doit une discipline nouvelle qui bientôt supplantera toutes les activités anciennes de l'Aveyron festif. Adieu les quines et les parties de quilles, le concours de mangeurs de tête de canards associe désormais la gastronomie locale et la performance gustative.


Il s'agit de manger deux têtes de canard, privées pour l'instant encore d'une langue donnée aux chats du pays et du bec cloué à la porte de la salle des fêtes. Le gagnant est celui qui aura débarrassé les os crâniens de la plus infime trace de viande. M6 a déjà sélectionné l'épreuve et s'ils n'étaient que douze la première fois, l'épreuve a déjà le vent en poupe et de beaux jours devant aile (elle !)


Roger a même entrepris une carrière de correspondant au canard local : Le Villefranchois, hebdomadaire qui sort chaque jeudi, pour promouvoir surtout sa dernière création qu'il couve du regard énamouré des inventeurs déchainés.


Anatinaement vôtre.


Je vous l'avais dit, ça continue encore ....

Hier une marche nocturne : un portrait sublime d'un autre temps et une aventure peu banale.

à suivre encore et encore !

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