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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Portrait : Gilles de Vierzon

Un grand cœur pour Vierzon

Portrait ovale

 

 

 

Gilles est l'un de ces personnages qui ne laisse jamais indifférent. Son abord abrupt ne doit pas rebuter celui qui veut l'aborder, s'il gratte la façade, il trouvera alors un cœur noble qui bat pour sa ville, son club et son Berry.



       Notre première rencontre fut marquée du sceau de la colère, du désaccord profond et du coup de gueule terrible. Lui derrière la rambarde, moi sur le banc d'infamie de l'entraîneur qui perd, les noms d'oiseaux ont volé avant que s'apaise la colère de la figure tutélaire des S. A. V.



       Le temps a passé, la faute est oubliée à défaut d'être pardonnée ; on ne provoque pas la défaite de son club de toujours sans laisser de trace !



       Le Rugby et Vierzon c'est une histoire d'amour, le symbole d'un peuple laborieux, la fierté des humbles qui sur le pré, sont craints des bourgeois … Depuis plus de cent ans, la ville ouvrière, Vierzon la rouge, bat au rythme des exploits des bleus et blancs.



       Gilles est tombé tout petit dans la marmite Rugby. Son père déjà joua sous ce maillot. Jean était numéro 9, Gilles sera longtemps le 10 inamovible de cet autre monstre à seize pattes. Il a connu les grands moments et les petites histoires comme cette scission terrible de son club en deux frères ennemis. Vierzon était alors devenue Clochemerle !



       Il a joué, il a encadré, il a entraîné cette association qui symbolise la lutte inégale de la ville ouvrière, de la ville en colère contre les forces économiques qui abandonnent les hommes qui ne sont plus rentables. Bastion du Parti communiste, Vierzon paya fort cher sa réputation rebelle et ses grèves tumultueuses. Les usines fermèrent les unes après les autres, ici bien avant qu'elles ne le fassent partout ailleurs.



       Gilles a connu cette désespérance. Son cher Lycée Brisson subit un sort semblable. Quand il était élève, ils étaient 1 800 dans cet établissement technique à la réputation immense. Il l'a quitté quatre courtes années avant d'y revenir,  professeur triomphant en génie mécanique. Mais les classes se vident, ils ne sont plus que 700 et l'avenir s'assombrit encore.



       Gilles se réfugie alors dans le giron de dame nature. Avec son cocker gold, le meilleur traqueur, il arpente la lande pour tirer du gibier qu'il s'empressera de donner aux amis de fortune. La chasse n'est que prétexte à grande ballade et belles amitiés. C'est autour d'un verre qu'il fera le coup de

feu jusqu'à la tombée de la nuit.



       Au bord de son cher Arnon, il taquine le gardon, chatouille les carnassiers. C'est le temps de la solitude pure, du retour à plus de sagesse. C'est sa bouffée d'oxygène, ses vacances à deux pas de chez lui. Il profite ici de cette tempérance qui parfois lui manque quand il refait le match, le monde ou l'école au coin d'un comptoir.



       Le diabète est venue se mêler à la fête pour lui tirer l'oreille, lui demander un peu plus de prudence aussi. Mais il n'a peut-être pas encore atteint l'âge de raison, regardez-le s'emporter après l'arbitre, la composition de l'équipe ou la forme de celui-là. Il a oublié l'alerte sanitaire et tient la

parole le long du comptoir.



       Gilles a élevé 5 filles. Il n'a pu les emmener au Rugby. Il a un petit fils qui pour l'instant joue chez les pousse-citrouilles. Il attend son heure pour porter l'estocade et lui mettre un ballon dans les mains. Bon sang ne saurait mentir plus longtemps !

 

 

Ovalement vôtre

 

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