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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Portrait : Hugues de Lunac

 

Hugues de Lunac.


Le miséreux au grand cœur.


Sur mes chemins, j'ai croisé bien des gens en somme. On m'a tourné le dos, on m'a ignoré superbement, on m'a ouvert son cœur et sa porte, on m'a confié des secrets. Jamais il ne me fut donné de pénétrer dans fermette plus sordide, dans un univers misérable et d'y trouver un homme au cœur bien plus riche que la multitude de nos semblables.


J'allais sur le chemin de la marche nocturne de Lescures-Jaoul avec le cousin Daniel quand sur un banc, solitaire, un vieil homme nous guettait. Son bonheur de ce jour était de saluer les chalands. Il n'en espérait qu'un salut en retour.


L'homme se cachait sous un bob enfoncé jusqu'au ras des yeux. À La main il arborait un bâton par lui-même sculpté. Les décors étaient naïfs mais grand le soin donné à leur réalisation. À ses pieds un seau plein de plumes, indiquait qu'il se nourrissait de sa production.


Je ne me contentais pas d'un bonjour renvoyé, je vins à lui pour lui serrer la main et demander en plaisantant si c'était ici qu'on offrait l'apéritif. Il me renvoya un grand et franc sourire édenté et d'une voix bien vite essoufflée, il nous pria de le suivre …


L'homme marchait à petits pas hésitants. Il était plus bringuebalant que chancelant et le bâton lui servait de tuteur. Il s'arrêta plusieurs fois sur la courte distance pour reprendre souffle et un peu contenance. Sans la moindre hésitation il nous pria d'entrer dans sa modeste fermette délabrée.


L'intérieur dans lequel nous pénétrâmes nous fit faire un voyage dans le temps et la détresse humaine. Nous étions dans un décor digne des reportages de l'ami Depardon. Le siècle dernier n'était pas encore né à quelques détails près.


Une table de bois toute de guingois couverte d'un capharnaüm immense, d'un désordre absolu. Les reliefs de la vieille, des outils aussi, des objets déplacés, des fragments de vie nous étaient ainsi exposé au hasard.


Au fond de l'âtre, un poêle à bois avec insert pour unique chauffage. La porte est cassée et l'opacité du verre ne permet pas d'en voir beaucoup plus. Plus loin, un petit four électrique est tout autant brisé. Tout au fond, une télévision minuscule réconforte le visiteur, nous sommes bien dans ce siècle.


Les fils courent fixés à la poutre dans un réseau confus et sans doute incertain. La noirceur du lieu vient des fenêtres closes et d'un état des murs qui ont depuis longtemps effacé toute peinture. Sur la poutre de la cheminée trônent fièrement des obus de cuivre sculptés.


Sur le sol, à l'entrée, une bonbonne à oxygène atteste que notre homme n'est pas au mieux de sa santé. Il se lève pour d'un pas traînant nous apporter bouteilles bouchées et cirées. Il veut à tout prix honorer ses deux visiteurs et leur offrir ce qu'il a de meilleur lui qui n'a presque rien.


Au fond de la pièce, une fontaine de faïence bleue lui permet de recevoir l'eau courante. Il est le point relais des organisateurs de la marche qui viennent se servir dans sa vielle masure. Nous les prions de ne point oublier le bonhomme et dans la soirée de lui apporter une part de potée. J'espère que nos lascars auront tenu parole …


Nous partageâmes avec lui une bière un peu tiède qu'il nous servit dans des verres très propres. La dignité se pare de détails anodins qui montrent que l'humanité n'a pas besoin de grande richesses pour s'exprimer pleinement. Il nous raconta sa vie, son métier du temps des batteuses et des sacs de 120 kg qui vous brisaient le dos. Il était bien plus riche de ses souvenirs simples que beaucoup de nos concitoyens méfiants. Nous laissâmes à regrets notre hôte au grand cœur pour retrouver la troupe qui l'avait simplement ignoré.


Chaleureusement sien.


Lorsque vous lirez ce texte, je serai dans mon interminable retour.

Pensez à moi je vous prie, le service public des transports m'a quelque peu négligé ! Vive le développement conjoint durable et du rail en dehors de l'impie TGV, réservé aux citadins de nos grandes métropoles, les seuls qui comptent vraiment dans ce pays ....

 

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Circé 04/08/2010 13:29





 




Cet Hugues me rappelle un autre vieil homme aujourd'hui disparu. Petit paysan, sans beaucoup de terres, juste de quoi nourrir sa
nombreuse famille. Une ferme ressemblant aussi à une masure.


Deux pièces uniques la composaient.


L'une était la grande salle avec une cheminée qui trônait en son centre. " L'évier" qui n'était en fait qu'une pierre située sous la
fenêtre, elle-même percée d'un trou d'évacuation des eaux usées sous le chambranle, m'avait interrogé bien des fois quant à la façon de faire la vaisselle.


Une immense cuisinière à bois, une grande table et deux bancs de chaque côté. L'hiver un immense fil à linge traversait cette pièce
pour y faire sécher le ligne de toute la maisonnée. Linge lavé à la main au lavoir du coin, brouette à l'appui avec savon noir, battoir, brosse et "sabot" servant à s'agenouiller pour la
Maîtresse des lieux, plus ceux qu'elle chaussait pour y aller bien évidemment.


L'autre pièce fort sombre et peu éclairée était celle où tout le monde dormait.


L'électricité était bien arrivée jusque là, c'était la seule modernité, énormes boutons en bakélite en prîme.


Une buanderie où tout le monde pouvait prendre un bain dans une baignoire en zinc, après s'être toutefois fait chauffer l'eau sur la
cuisinière justement.


Pas de chauffage...


Les "commodités quant à elles, étaient au fond du jardin : cabane de bois, fosse surmontée d'un châssis percé d'un trou et papier
journal pour s'essuyer pendant à un crochet.


Je détestais les araignées qui "nichaient" en ces lieux. On ne se demandera pas pourquoi compte tenu des mouches volant l'été. Le
reste, les odeurs se mêlaient à celle de l'étable toute proche.


Deux vaches pour nourrir de leur lait toute la famille, - douze enfants- , un cheval pour le labour, deux chèvres dont le lait
servait à faire quelques fromages, un bouc, le seul à des kilomètres à la ronde qui honorait ainsi bien des gentes damoiselles de race caprine - au moins un avantage ! -, un potager dont les
légumes nourrisaient tout ce petit monde.


Bien entendu, poules, canards et oies qui divaguaient dans la cour de la ferme isolée de toute "grande route", et un enclos où
s'ébattait dans la boue avec force grognement un cochon, élevé bien évidemment pour que le moment venu, il puisse nourrir toute la famille de sa viande : jambon, rillettes, rillons, cotelettes,
boudins et enfin quelques clapiers à lapins....


Côté champs : un peu d'orge, de blé, d'avoine et la luzerne pour les animaux, et aussi quelques rangs de vigne qui donnait un vin
d'assez mauvaise qualité.


Une vie dure, sans fioriture, mais une famille plutôt heureuse à ce que j'avais pu constater . Ce paysan se prénommait Valentin, plus
connu dans le village sous le sobriquet de Tintin.

Lui avait obstinément  refusé l'installation de la télévision, ses enfants ont passé outre.
Puis du téléphone, ses enfants ont fait de même .

Mais il n'a jamais regardé l'une ni répondu à l'autre.


Il s'est éteint lorsque son fils a vendu le dernier cheval de la ferme.
Celui qu'il disait son ami et lui avait sauvé la vie lorsqu'il avait fait un malaise en plein champ.
L'animal l'avait protégé des ardeurs de l'astre solaire en se déplaçant de telle sorte que le corps de son Maître soit toujours à l'ombre du sien.


Il semblerait que " Tintin" ait été découvert inanimé plus de trois heures après sa perte de connaissance. Cela en plein mois de
juillet.

Cet homme ne voulait pas de ce monde qui avançait sans lui.
Il prétendait que tout n'était que miroir aux alouettes, que bientôt malgré la télévision, le téléphone ( la"boite" comme il l'appelait ), les fusées... les gens ne se connaîtraient plus, ne se
parleraient plus.

Que les voisins deviendraient des étrangers les uns pour les autres, qu'ils auraient même peur les uns des autres.


En ce temps-là, de riches parisiens commençaient à acheter des fermes à l'abandon pour en faire leur lieu de villégiature de fin de
semaine.

Ses nombreux enfants (12) ont pris ce qu'il y avait à prendre de la dignité de leur père.
De son dur labeur au travail de la terre aussi.


Ils ont modernisé, et la maison et le mode de culture des champs, sans se laisser envahir toutefois par la culture de la terre en
mode production à outrance.  Le départ du vieux cheval était inéluctable, comme celui de son Maître.

La fin d'un monde dont notre société n'accepte pas la cohabitation sinon au sein d'un musée où d'une fête de village où on convoque les mânes des anciens.

Merci de m'avoir ainsi permis d'évoquer ce vieux monsieur que j'aimais tant, moi la Parisienne d'alors.


Je sais qu'après une certaine curiosité, défiance aussi sans doute à mon égard, il m'a adoptée . J'étais une autre de ses
filles.


Mon dernier fils porte son prénom.



BR 04/08/2010 15:10



Circé


 


Je ne puis que vous remercier de ce présent somptueux, portrait à votre manière d'un autre grand cœur.


Ils ont tous deux traversé cette vie sans accumuler les riches qui privent tant de gens d'ouvrir les yeux sur ceux qui les entourent, sur les vraies valeurs de ce Monde.


 


Tous deux sont bien plus riche d'humanité que notre porteur de Rolex, ses sbires serviles et tous les pauvres gens qui vivent de l'illusion de pouvoir s'enrichir un jour.


 


L'argent n'est pas une valeur, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, Hugues et Valentin l'ont parfaitement compris.


 


Merci encore et bonnes balades dans le cœur des gens.


Amicalement vôtre