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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Pourvu que ça dure longtemps encore ...

Sans cotillons ni trompettes.



 
Depuis plus d'un quart de siècle, ils se retrouvent dans un lieu isolé, un département, fort encore de ses traditions, de son bien vivre et d'une authenticité qu'on ne retrouve pas souvent ailleurs. Les gens se connaissent entre voisins, on se parle, on prend des nouvelles. Les églises se remplissent régulièrement pour honorer la mémoire de celui qui a quitté cette vallée de larmes. Le lien est une valeur qui n'est pas prête de se distendre, tant qu'il y aura encore âmes qui vivent en ce hameau. 
Ils sont de bien multiples origines. Il y a les natifs d'ici. Enfants de paysans ou bien d'artisans, ils ont grandi ici, sont partis le temps de leurs études pour revenir bien vite, vivre leur âge en ce pays qu'ils aiment tant. L'accent trahi un attachement à une terre difficile. La vie n'est pas toujours facile, le climat rude en hiver. Mais rien ne remplace l'amour de sa terre. 


Il y a ceux qui sont venus, portés alors par le désir de quelques urbains de revenir à l'authentique. C'était une époque lointaine des utopies et des rêves que l'on osait mettre en application. Ils sont venus faire de la poterie et s'enraciner en un village qui petit à petit les adopta. Ils vivent chichement, portés par la conviction que l'enjeu ne vaut pas la chandelle et qu'il ne sert à rien de perdre sa vie à chercher à beaucoup mieux la gagner. 


Autour de ces piliers d'une histoire qui commença il y a près de trente ans, des amis, des cousins, des gens de passage, des voisins se sont agglomérés au fil du temps, des circonstances, des hasards. Certains sont d'ici, d'autres de bien plus loin. Dans ce modeste groupe cosmopolite, ils se retrouvent pour ce rituel de passage, célébrer à leur manière le changement symbolique du calendrier. 


Ils se sont habitués à ne pas faire comme les autres, à donner à cette soirée des allures différentes. Ils chantent, ils jouent, ils palabrent, ils refont un monde qu'ils aimeraient beaucoup plus généreux. Ils courent après une idéologie qui ne fit pas tout à fait son chemin. Ils n'ont jamais fait le deuil des années d'espérance, des robes et des cheveux longs, des luttes magnifiques du Larzac, des batailles moins glorieuses contre la pieuvre Nucléaire, des combats toujours perdus. 


Les années ont passé, les corps se sont un peu empâtés, les rides couvrent des visages marqués par l'âge qui avance. Les cheveux sont plus courts, moins nombreux, plus blancs tout autant. Pourtant, les rêves n'ont pas changé, l'impatience se fait plus grande de voir enfin ce Monde renoncer à ses folies si cupides, à sa lente et inexorable décadence ! 


Ils en parlent toute une nuit qui d'année en année finit toujours plus tôt. C'est bien le sommeil qui s'en vient à gagner la partie de ces batailles idéologiques sans cesse recommencées. Les vieux soldats, s'ils ont la même espérance, n'ont plus la force d'aller au bout de leurs rêves. Qu'importe, ils seront encore là l'année suivante. Ils évoqueront toujours cette politique qui ne cesse de les exaspérer. 


Vieux, ils ne le sont pas encore. C'est ainsi qu'ils se voient. Les années s'empilent, les enfants ont grandi, depuis longtemps ils ne sont plus de la fête. Les spectacles des petits sont remplacés par la litanie des maux d'aujourd'hui, des douleurs de l'un, des analyses de l'autre, le régime de celle-ci, les précautions de cet autre. Ils évoquent plus souvent l'envie de retraite, cette perspective espérée qui ne cesse de leur échapper. 


Ils sont, pour longtemps encore, les copains de la chanson. Si jamais l'un vient à manquer à bord, c'est hélas, qu'il aura rencontré la camarde. Ils oublient cette idée saugrenue, il n'est pas temps d'évoquer ouvertement cette limite au-delà de laquelle leur rituel risque fort de ne pas s'en remettre. Pour conjurer le sort, ils se sont une fois encore souhaités bonne année en espérant se retrouver au complet au terme de celle-ci. 


Crépusculairement vôtre.

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bodard 08/01/2012 23:05


Amateur des bons mots,de ceux qui dénoncent les autres maux avec gouaille et truculence,de la  galère au radeau,nous sommes,insoumis ou résistants de pacotille(Fais ton choix camarade
lecteur qui te hasardera à découvrir la plume acerbe et poètique à la fois de l'inénarrable B.R) tous des enfants de Brassens!


Yves Bodard

BR 09/01/2012 06:35



Yves


 


Je suis touché et un peu gêné.N'oublie pas que l'écrivain, c'est toi. Je ne suis qu'un barbouilleur de la toile, un écriveur du fugace.


Merci quand même !



Bibou 08/01/2012 19:32


Petit passage rapide afin de vous souhaiter une bonne soirée et vous saluer.


A très vite.

BR 08/01/2012 19:50



Bibou


 


Je vous en remercie et vous adresse à mon tour mes salutations !