Partager l'article ! Quand l'enfant viendra: Un bulletin dans l'urne. Le bonheur est ...
Un bulletin dans l'urne.
Le bonheur est un chose simple, comme un coup de fil, un SMS ou une réélection triomphale, un voyage au soleil ou une paternité opportune. Associé le très agréable (c'est du moins ce que
j'imagine) au vraiment utile, est un art consommé pour notre grand petit homme. Voilà bien récompensé celui qui se raidit dans sa posture d'homme d'état. Il est comblé au-delà de ses espérances
grâce à un heureux événement dans la dernière ligne droite.
« Prime, prime au sortant ! » disaient autrefois les analystes de la chose publique. Soucieux de ne rien respecter dans le champ lexical, l'homme imagina que le sortant pourrait bien être un
nouveau né. La bête politique, l'homme qui a du nez et du savoir faire pour capter les gogos, attirer la ménagère de moins de cinquante ans, envoûter les anciens et capter les jeunes loups,
complète son arsenal électoral avec les amateurs de layette et de guimauve.
Bien sûr, tout n'est pas rose au pays des manipulateurs d'opinion. Il avait un dessein machiavélique ; il espérait demander pour parrain un de ses amis qui depuis, touché par la grâce, a souhaité
se retirer dans une cellule monacale à Rikers Island. Il lui faudra se rabattre sur une autre belle idée. Tant qu'à exploiter un filon, autant aller jusqu'au bout !
Alors, après le coup de foudre sous l'égide de Mickey et Attali réunis (à qui les grandes oreilles), un mariage en grande pompe d'intérieure pour papier glacé, l'amour du chouchou pour sa belle
italienne, voilà qu'on nous prépare une bien jolie aventure : « La parturiente et le candidat ! ». Jean de La Fontaine se serait délecté de nous servir une fable à sa façon !
Maintenant, la course aux sondages peut reprendre, délesté des handicaps précédents. Non, je n'évoque pas ici les contrôles gynécologiques, même si le propos manque de doigté, il correspond
hélas, au déballage qui ne manquera pas de nous être imposé. La vérité toute nue, ventre en avant ! « Voyeurs de tout le pays, donnez vous la main et rincez vous l'œil à satiété...
Plus le ventre s'arrondira, plus la cote montera. « Je la sens bien ! » proclamait notre homme en parlant de cette érection présidentielle de 2012. Nous ne nous doutions pas qu'il y avait
anguille sous roche et lardon dans le bedon. Il devait guetter les signes annonciateurs du renouveau. Le voilà payé de ses heures supplémentaires; dé-fiscalisées, exonérées de droits et de taxes
en toute intimité.
Ce que sera le devenir de cet enfant dont, au début de l'aventure, nous supputions la venue en temps opportuns, ne semble pas préoccuper le public. Produit politique, il sera l'enfant de l'amour
(il faut le souhaiter) et du calcul le plus vil. Comment portera-il cette lourde croix et sa redoutable généalogie ?
Aurons-nous droit, une fois encore, à l'accouchement étalé dans les magazines comme nous en fit cadeau madame Royal en son temps ? Ira-ton vers des bulletins spéciaux, des journalistes faisant le
pied de grue (pardon Carlita) devant la clinique. Suivra-t-on minute par minute sur toutes les chaînes, l'évolution des contractions de la dame ? Quel temps d'antenne sera consacré à l'heureux
événement ? Je m'interroge sur le devenir de cette démocratie du spectacle !