Vendredi 16 octobre 2009
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Publié dans : Ethnologie sportive
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Rituel roboratif.
Dans beaucoup de clubs amateurs, quand la mairie et les installations le permettent, le repas du vendredi soir est une
nécessité vitale pour les succès à venir. Notre sport d'esthètes du coup de fourchette et de la cuillère se plaît à célébrer l'esprit convivial dans ces repas de fin de semaine.
Les dirigeants, cuisiniers bénévoles sont de corvée pendant que ces si choyés membres actifs sont en short, Ã
s'affronter sur le pré. Aux fourneaux, le plat unique est la règle. Le coq au vin ou le cassoulet déterminent les régions et les valeurs locales. La 'charcutaille' fait l'unanimité à l'exception notable de l'entraîneur qui déplore cette habitude impondérable !
Quelques anciens, avertis on ne sait jamais
comment, trônent au bar pendant que les autres s'affairent. Ils restent droit dans leurs bottes et passeront toute la soirée dans cette position. Ils revivent un passé qui deviendra de plus en plus
glorieux au fil des verres …
Les joueurs sortent des vestiaires au compte-gouttes de sueur. Ils ne se hâtent pas trop car quelques corvées attendent
les premiers arrivants. Les fumeurs excellent toujours dans l'art délicat d'échapper au travail. Les autres, transforment le club-house en salle de restaurant ou bien en cantine solidaire. Le
couvert est mis en dépit des règles officielles de l'art de bien recevoir, mais, ici, cela n'a strictement aucune importance.
Les apéritifs d'autrefois ont laissé place au petit kir raisonnable. À l'exception de nos beaucoup moins
glorieux anciens, la raison l'importe sur l'intempérance et c'est heureux ! D'ailleurs, à l'ombre du clocher, quelques képis, eux aussi avertis par des voies impénétrables, attendent leurs futures
proies, pour remplir leur insatiable cagnotte fiscale !
Le signal du repas tarde toujours. Le joueur est plus bavard qu'affamé après l'entraînement. Les gens de la
cuisine se plaignent de cette attente qui menace la préparation du soir. Finalement, ils rejoignent eux aussi le comptoir et parfois, une petite odeur de brûlé les rappelle à l'ordre !
Quelques femmes de joueurs s'aventurent dans ce bouge autrefois interdit à la gent féminine. Elles viennent
surveiller des époux, prompts à suivre les célibataires dans des virées nocturnes qui échappent à tout contrôle. Elles tissent des liens entre elles et bientôt, la ronde des landaus envahira le
club-house les dimanches de match.
Quand enfin tout ce joli monde est attablé, le trésorier profite de l'aubaine pour faire le tour des impayés, des
cotisations en retard, des ardoises récalcitrantes. Les négligents du carnet de chèque sont pris au piège de cette relance publique et doivent céder devant une méthode aussi condamnable
qu'efficace.
L'entraîneur passe de table en table pour échanger avec des joueurs redevenus des individus. Il s'enquiert de la recherche de travail de celui-là , de la santé de la femme de
celui-ci, des études des petits jeunes. Un mécontent contrarié l'interpelle pour se mettre à table. La discussion est franche et le différend sera aplani autour d'un bon verre de ce petit rouge de
pays.

Avant la fin de ce repas qui traîne encore plus en longueur que les avants matches, les salariés du samedi s'éclipsent
à regret. Quelques chanteurs poussent encore la chansonnette. La tradition tend à s'évanouir pour cette assemblée plus branchée sur son portable que sur le partage réel et chaleureux.
Enfin, le repas se termine et c'est là le point crucial qui distingue deux sortes de clubs dans notre pays. Ceux où un fruit et un yaourt sont posés négligemment sur la table
pour ponctuer à la va vite cette soirée et les autres, moins nombreux hélas, qui proposent un dessert maison pour apporter cette touche sucrée qui ravit le gourmet.
Douceursucrément vôtre.
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