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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quand les conversations s'enfilent ...

De l'intime ou de l'inutile, du futile ou du légitime.







Témoins, écouteurs indiscrets et involontaires, spectateurs impuissants, nous sommes de plus en plus contraints de supporter les conversations qui s'empilent sur les lieux publics. Le téléphone cellulaire a brisé le cercle de l'intime pour déballer sur la place commune les ennuis de santé, les aveux amoureux, les pépins et les chagrins, les potins des gamins …

Personne n'échappe au partage impudique, nous en sommes parfois des acteurs ciblés ou de simples observateurs fortuits. Nous découvrons la face autrefois cachée de nos concitoyens, les petits et les grands malheurs, les interrogations essentielles et existentielles de l' humanité moderne.

« T'es où ? » est la première étape incontournable. Un condensé de maîtrise syntaxique et de totalité pensante. Les plus curieux poussent alors l'introspection avec ce « T'es avec qui ? »  qui ouvre vraiment de formidables perspectives. Il faut alors en passer avec l'indispensable : « Tu fais quoi ? » qui termine l'interrogatoire policé.

Il en fallut de l'intelligence humaine, de la technologie et des prodiges de miniaturisation pour aboutir à cette rétraction aboutie du discours humain, à la contraction totale de l'art de la conversation ! C'est ce qu'on nomme le progrès, et devant lui, il est d'usage de s'incliner.

La révérence devient bien vite génuflexion tant la suite atteint le sublime. « Je prends des pâtes de couleurs ou aux œufs frais ? ». Solliciter un satellite pour des questions de la sorte mérite le qualificatif « sapiens » que nous avons patiemment accolée à notre nature humaine. «  Pour aller à Olivet, je prends le pont Thinat ou le pont Royal ? ». Il y a parfois des choix cornéliens que seul le téléphone peut porter à leur pinacle !

Puis la chose prend une toute autre dimension. Nous découvrons le fond du tréfonds, l'âme humaine et toutes ses circonvolutions insondables. « J'ai eu le résultat de ma Coproculture, c'est parfait, je suis vraiment soulagé ! ». Heureusement, les mots n'ont pas d'odeur. «  J'ai oublié de prendre ma pilule, tu parles d'une angoisse ! ». Les voyageurs du tramway font ceux qui ne se sentent pas concernés par ces magnifiques révélations …

D'autres fois, vous perdez la face devant ce petit objet qui s'attribue, on ne sait pourquoi, la priorité sur tout et à tout moment. Vous prenez un rendez-vous quand soudain votre interlocutrice décroche sans s'excuser et déclare : «  Ah, enfin, je commençais à m'inquiéter, tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé ! »; Et pendant dix minutes vous découvrirez la vie nocturne et mouvementée de la dame. Vous avez fait la queue dans un commerce, votre tour arrive enfin quand le redoutable coupe-file surgit de la poche du vendeur. « Oui bien sûr, monsieur, je vous écoute. » Et l'autre qui n'a pas pris la peine de se déplacer est servi bien plus vite que vous.

Les liens d'amitié en prennent de vilains coups. Vous déjeunez avec celui que vous pensiez être un bon camarade. Deux heures plus tard, vous découvrez effaré qu'il a conversé bien plus avec son petit bijou de technologie qu'avec vous. Le pire fut ce : « J'aurai bien aimé manger avec toi mais quand je t'ai appelé, tu étais sur répondeur ! ».

La réalité physique s'éclipse au profit de ce lien virtuel. Vous n'êtes plus rien lorsque le boîtier résonne de musiques irréelles, de vociférations insupportables ou d'extraits de tout et de n'importe quoi. Votre proche vous oublie, il se voue entièrement à la personne lointaine qui vous a poussé dans les oubliettes de la relation. «  J'attendais que tu m'appelles. J'avais vraiment besoin de discuter avec un ami pour prendre une décision importante. » .

Le coup de poignard, c'est quand celui que vous pensiez votre ami, reprend son téléphone après un appel pour, s'excusant à peine, remettre le couvert sans vous : «  Oui, Jean-Pierre, c'est encore moi, j'ai oublié de te dire ... ». Vous pouvez tourner les talons et prendre votre petit boîtier.

Insupportablement vôtre.

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Le ch'timi 16/10/2010 18:17



Cher BR,


Le télèphone une nouvelle drogue libre en vente sur le marché...


Allo ? Allo , Allo ! Aaallo !!! Aaaaa hhhhhllo, je meurs !


 


bigophonement vôtre



BR 16/10/2010 18:32



Ch'timi


Je n'abuse que de drogues liquides et en vente légale. À La puce à l'oreille, je préfère le verre en bouche. Jamais je ne dis : À L'EAU !


Pour moi, le seul cri de ralliement qui vaille c'est :


"Aubergiste du vin et du bon !"


Et ils prétendent que c'est moi qui est un grain !


Non messieurs les portablophiles. Point de grain, des grappes à pleine main ...


Vinophonement vôtre