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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Retour de bâton

Le brigadier n'est pas que de bois …

Si l'assassin revient toujours sur les lieux du crime, le marcheur retourne parfois sur ses pas quand la précipitation de son périple lui a fait manquer un lieu ou un monument. Je me devais de faire une halte au château de la Roche pour l'avoir photographié sans lui rendre visite, il y a bientôt trois semaines. Le hasard de mes pérégrinations incessantes de cet été vagabond me conduisant tout près de là pour une visite amicale.


La faute rattrapée, qu'elle ne fut pas ma surprise de m'entendre dire à l'accueil par une charmante demoiselle : «  J'ai lu votre périple sur le Post. J'espérais alors que vous alliez vous arrêter au château lors de votre passage. Je fus déçue de ne voir que la photographie sans avoir la visite du marcheur ! »


Ainsi, une nouvelle fois, le Post m'offrait ce cadeau merveilleux d'un lecteur en chair et en os et je dois à la vérité de vous avouer que le spectacle était fort agréable tout autant que touchant. La demoiselle en son château était en costume, elle y jouait le rôle de dame Marie Caroline Roustan, propriétaire de la demeure au début du vingtième siècle.


Je devais à notre comédienne un billet pour réparer un oubli qui l'avait grandement peiné. Je pris un stylo et quelques dépliants touristiques au dos vierge. Je suivis alors très attentivement ce petit voyage à travers les siècles pour narrer l'histoire d'une demeure des vanités sur un piton rocheux au pied d'une Loire qui coulait alors bien en contre-bas.


Au treizième siècle, un nobliau local réclamait octroi aux gens de passage. L'habitude demeure encore de nos jours. Il est de mauvais usages qui ont la vie dure. Le château n'était guère conséquent, il subit alors au fil de son histoire, les fortunes diverses de ceux qui en prirent possession. Se joua ici, la comédie des vanités des gens de pouvoir. Grandeur et décadence, puissance et ruine, naissance ou fortune furent les moteurs d'un petit jeu de construction et d'abandon.


La Loire se mêla de rappeler à tous que leur gloire n'était qu'illusion. En quelques colères dont elle a le secret, elle mit à mal bien des efforts et des grandes dépenses. C'est elle la maîtresse de ces lieux et de ça, il n'y avait pas à discuter qu'on est le sang bleu ou le sens des affaires.


Puis ce fut dame EDF qui eut le désir d'embastiller ma Loire. La société prit possession du château rénové par la famille  Roustan, revenue fortunée du Cambodge en ayant donné dans le caoutchouc. La fée électricité laissa tomber durant trente ans un édifice qu'elle destinait à la noyade sans autre forme de procès. La désolation s'empara des pierres, les murs s'effondrèrent, l'eau s'invita. Il fallut l'intervention des citoyens locaux pour sauver le château, l'arracher à la noyade et obtenir une limitation de la hauteur du barrage.


De cette histoire modeste, les amis du château de la Roche ont su proposer une présentation agréable, un jeu de dupe entre les époques, une réflexion sur la vacuité des symboles de pouvoir. Marie Caroline me fit rencontrer dame Margarone dont la voix d'outre tombe sonnait la raideur des princes. Jean de Vernouailles, spectre évanescent qui surgit d'une tapisserie. Le marquis de la Ravaulière qui narra l'aventure des sapines et de Rambertes. Jean François Bouvais, premier bourgeois à investir les lieux rappela derrière son miroir sans tain les colères du fleuve.


Sur le livre d'or, un marcheur laissa ce commentaire : «  La Loire embastillée ne pouvait livrer qu'un château d'opérette. Imitation, faux-semblant, poudre aux yeux pour une magnifique illusion présentée avec la douce ironie d'un Pirandello. Qui regarde qui ? Qui juge qui ? Qu'EDF ait joué le vilain rôle dans cette belle pantomime des vanités ne fait qu'aviver le plaisir pris. Merci à nos amis les spectres et à notre si charmante guide ! »


Illusionistement vôtre.


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