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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Sa planche de salut !

L'ébéniste épicurien.


 


 

Il est un petit coin de France, le village du « Ruisseau aux pierres » où siJean l'ébéniste artiste n'amasse pas mousse, il y cultive en toute simplicité son art incomparable entre essences, formes et matières. Il crée pour son plaisir, il a depuis longtemps perdu espoir de trouver au village des clients capables d'appréhender son art qui défie les lois de l'équilibre. Il perpétue une histoire familiale, il est le cinquième d'une lignée de menuisier ébéniste qui a toujours aimé le bel ouvrage !

 


 

Jean est un esthète, il présente ses dernières créations avec la gourmandise d'un maître queux de la nouvelle cuisine. Ses meubles ont des noms qui évoquent les grands plats de la gastronomie : « Petite commode conique en goutte d'eau ! », « Table basse avec vagues et niche centrale », « Cabinet en poirier moucheté et sa variété de tiroirs », « Vieux bureau de la Bergerie ! » …

 


 

Chaque meuble est une œuvre d'art, conçue pour le bonheur des assemblages, le plaisir des formes et des prouesses techniques. Il y a toujours une surprise au coin de la rue des « Milofourmos » : une marqueterie d'essences rares, un plaqué de peau de lynches ou de boa, un bouton en os de bœuf ou en inox brossé. La prouesse, l'inventivité et le bonheur des yeux pour des actes presque gratuits.

 


 

Jean ne vend pas beaucoup. Il n'est pas à la bonne place au bon moment. Les gens du pays ne disposent pas des ressources pour encourager son talent. Ses prix rebutent ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure. Pourtant, il est bien loin de s'appliquer un tarif horaire, il ne compte ni son temps, ni le plaisir qu'il nous offre.

 


 

Dans son atelier où rien n'a bougé depuis Albert, le grand père qui l'a créé, Jean a pris la suite de René. Avant eux, Victor et Jean Baptiste travaillaient dans les fermes, là où le labeur réclamait leurs talents de menuisier, charpentier, ébéniste. On devine en y pénétrant que l'on vient de franchir une porte intemporelle. Les secrets d'antan sont ici, la règle de fabrication. Jean a été initié par les compagnons du devoir, il a participé à la restauration du château de Saint Élix, entre Saint Gaudens et Toulouse. De cet apprentissage, il conserve le goût des pratiques à l'ancienne et se moque éperdument des critères d'efficacité actuels.

 


 

Roi de la coupe à quarante cinq degrés, des assemblages avec des lamellos et des rainures en demi-lune, c'est avec la précision d'un orfèvre, l'art d'un sculpteur, l'inventivité d'un designer qu'il avance dans son pays des mille formes. Il associe bois d'amarante, de marronnier et loupaille de platane. Il aime le chêne, vieux si possible qu'il va récupérer dans les fermes de son Aveyron. Il s'offre des bois rares comme ce poirier moucheté qui a toute son affection.

 


 

Il a depuis longtemps renoncé à vivre vraiment de son travail. C'est une pratique d'amateur, le besoin d'aller toujours plus loin dans son bonheur des formes et des matières. Il entre dans l'atelier comme d'autres dans une cellule monastique. C'est une démarche spirituelle qui leur ouvre les chemins du travail bien fait.

 


 

Quelquefois, une commande vient apporter un peu de réconfort. Une parisienne lui a demandé deux niches en chêne massif. Il en fera deux pièces uniques avec la même technicité qu'il met à ses meubles magnifiques. La dame n'a sans doute pas de problème de trésorerie et bientôt un poulailler tout aussi robuste viendra compléter ce luxe animalier.

 


 

Mais Jean ne désespère pas de trouver l'amateur éclairé qui comprendra et achètera ses trésors de patience et de goût. Il fait quelques salons, Paris, Bordeaux, Nîmes, Avignon, Montpellier. Partout il est salué comme un créateur à part, un talent pur, une originalité sans borne. Il attend la rencontre qui fera basculer sa vie, le mécène qui confiera la décoration d'un immeuble particulier, l'acheteur argenté qui aura le coup de foudre pour ses productions orphelines.

 


 

Jean vit comme un sage, il n'espère rien d'autre que réussir la pièce suivante. C'est un artiste, depuis longtemps déjà il a renoncé au titre d'artisan prospère. Mais il garde sa ligne de vie : « Ne pas renoncer à ses exigences professionnelles et aller au bout de ses rêves esthétiques ! ». Jean mérite que vous fassiez un détour si vous voyagez dans le sud de la France. Vous pouvez aussi découvrir son univers si particulier sur son site personnel.

 


 

Je vous invite à venir découvrir son univers merveilleux. Fasse que ses vagues construites à la toupie surfent également sur celles de la toile afin qu'il trouve enfin la consécration qu'il mérite.

 


 

Admirativement sien.

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