Mes chroniques Ovales

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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 07:48
- Publié dans : Fable - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION - Recommander
Du flottant au moulant …


    La vêture doit  se mettre au goût du jour. C'est la terrible loi de la mode, celle qui établit la suprématie de l'apparence sur celle du fond de culotte … Ainsi, notre short de Rugby n'a pu échapper à la règle du tout synthétique et du marketing réunis. Pour brillant qu'il est dorénavant, il n'en a pas moins perdu son lustre d'antan, celui du bon vieux temps du coton qui faisait de lui un objet désuet, certes, mais oh combien attachant.

    L'irruption de la musculation avait favorisé le très moulant pour mettre en valeur devant la ménagère de moins de cinquante ans (et plus si affinité), la musculature parfaitement dessinée de ces nouveaux Apollons d'un ballon qui n'est pas rond. Cela donne aussi envie d'en voir plus sur des calendriers non équivoques, dénués de culottes et de pudeur.

    Le phénomène a gagné les couches inférieures et même si la bedaine n'a pas la même beauté formelle, l'imitation donne à croire qu'on joue également dans la cour des grands et des musclés. Qu'importe l'inesthétique relief ventral, la maillot est saillant comme un gant de vaisselle !

    Le short sembla longtemps épargné par cette envie de tout suggérer faute d'oser tout montrer. Il se bornait à rester solide et supportait sans se plaindre des pressions de toutes natures en mêlée comme en touche. Mais rien n'échappe à l'appétit des vendeurs et le synthétique a convaincu les trésoriers pour le flottant aussi.

    Les rugbymen virent, la larme à l'œil, partir le short en coton, pour des défroques bicolores ou bigarrées, inélégantes et mal commodes. La chose se fit sur la pointe des pieds, ce qui peut surprendre quand on sait ce que ça recouvre..., et l'antique short de rugby a fait, à son tour, son entrée dans le musée des tenues obsolètes.
    La première victime de cette lente et inéluctable aventure, fut le ruban qui enserrait la taille de celui qu'il fallait culotter. Une bande de coton qui se noue bien mieux que le cordon et qui faisait corps avec ce short d'autrefois. La ficelle a vite remplacé la bandelette, histoire de supprimer une chaîne de montage dans une usine déjà délocalisée à l'autre bout du monde.

    Mais le ruban et la ficelle ont un défaut rédhibitoire qu'un économiste avisé perçoit aisément. Ils peuvent se changer et prolongent la vie d'un objet qui serait bien plus rentable de jeter. L'élastique sauta aux yeux de l'expert qui l'adopta aussitôt.

    Hélas, la chose fit une victime de choix ; l'élastique sonnait le glas de la braguette, cette ouverture vers l'inconnu(e ?) qui faisait la fierté du rugbyman. Le public féminin se désola de cette perte et le joueur déplora cette absence regrettable.
    Immédiatement, on déplora une nouvelle victime collatérale. Le bouton avait vécu dans le monde clos du short de rugby. Seules les repriseuses de nos associations virent favorablement cette évolution technologique. La boutonnière abandonna la partie elle aussi et les merceries virent leurs meilleurs clients s'en aller.

    En obstruant la braguette, on avait mis la main dans l'engrenage et le dernier reniement allait venir avant le chant du coq sportif. Les poches disparurent dans la foulée, ce qui, il faut l'avouer, est mal commode pour courir. Fini l'usage conjoint de ces merveilleux shorts pour le bricolage et le tennis. Un achat, un usage unique et le commerce est préservé …

    Sans poches ni braguette, le rugbyman pensait avoir touché le fond. Il lui restait encore à perdre sa dignité ce qui fut fait avec délectation. Les polymères de synthèse autorisent des inclusions publicitaires bien mieux que les fibres traditionnelles et durables. C'est en un endroit où les coups de pied se perdent bien plus facilement que les piqures cutanées, que l'inscription infamante vient se poser. Ainsi va la ronde folle de ce monde débraillé.


    Polymèresynthétiquement vôtre.
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