Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Tourner la plage.

Un grain de sable …

 


Après des heures de solitude, retrouver la vie estivale n'est pas chose aisée pour le ronchon de service, le misanthrope ordinaire, le marcheur salutaire. Il me faut bien céder aux sirènes des pratiques habituelles et consentir à quelques heures de sable chaud, de vagues et de dunes. Les Landes s'offrent à moi pour tourner la page de ma randonnée et je retourne enfin à la plage après bien des années de bouderie aoûtienne !


Au risque d'offusquer les gens qui n'ont pas le bonheur de pouvoir prendre des vacances, je dois à la vérité de vous avouer que le choc fut extrême. Tant de corps alanguis sur le sable, tant d'immobilités inertes et de postures qui se veulent avantageuses ont détourné le stakhanoviste du pas après l'autre de ce lieu de presque oisiveté.


Je n'aime pas la plage l'été, c'est un fait définitivement acquis. Dans cette multitude couchée ou mouillée, je ne me retrouve pas, je ne sais où me mettre et comment créer ce contact qui m'était si cher sur les chemins. Curieusement, plus il y a de monde, plus il est difficile, voire impossible d'accéder à une conversation avec un inconnu. Le maillot de bain doit créer une barrière infranchissable et la serviette sur le sable impose une zone de protection hermétique.


Il est presque acquis que les gens sur le sable avancent en tribus imperméables. Elles se mettent en cercles ou en paquets regroupés, se déplacent en bandes, s'activent en même temps, se baignent simultanément, dans le plus parfait dédain de leurs semblables. Le nombre ne fait rien à l'affaire et chaque grappe humaine agit sans jamais entrer en relation avec les voisines.


J'ai observé quelques minutes cet étrange bal sans pouvoir le supporter davantage. Il me manque mes longues marches sur le sable quand à la morte saison, il redevient vaste étendue vierge. Le vent souffle alors à mes oreilles et je peux avancer sans risquer d'écraser à chaque pas un gisant en-crémé. Maintenant, quand la densité humaine se réduit singulièrement, c'est pour laisser place aux adeptes de la nudité que je ne veux point déranger.


Plus loin, la plage d'ici s'est donnée des allures d'espace privatif façon méditerranée. Transats à louer, poufs apéritifs,  parasols locatifs, grande buvette sont les signes d'un premier pas vers une appropriation ségrégative de la plage. Je ne supporte pas cette ostentation par l'argent, ce démarquage du commun et ces gens aveugles à leurs congénères. Définitivement, la plage me fait fuir …


Je me réfugie dans les bois. Je suis certain d'y éviter les cars-podiums vantant des produits immondes, leur musique nécessairement anglo-saxonne pour être certain d 'attirer leur cœur de cible, les animations infantilisantes et les odeurs de frites et de chouchous. Sous les pins, je suis tranquille, hormis quelques aventuriers d'un nouveau moyen de locomotion électrique perchée sur deux roues immenses.


Casqués, gantés, ils se prennent pour les nouveaux cavaliers de l'apocalypse alors qu'ils n'en sont que les pâles imitateurs. Les vrais sont sur l'eau avec leurs scooters des mers, cette hérésie mécanique qui pollue pour le seul plaisir égoïste et totalement gratuit de quelques orgueilleux frimeurs, hélas toujours plus nombreux.. Ils ont entre les jambes cet ersatz de puissance qui semble leur manquer autrement.


La plage prend des allures de ville. Elle reproduit les inégalités, renouvelle les castes, reforme les clans. Elle propose ses développements séparés. La presque nudité n'a plus sa fonction égalitariste. Il est nécessaire d'afficher son train de vie, de montrer sa puissance, de vivre en marge des moins que vous.

Je prends mes cliques et mes claques et je promets de n'y revenir que quand elle sera débarrassée de cette comédie humaine que j'exècre. Je deviens vraiment invivable, il me faut tourner la plage !


Misanthropement vôtre

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Le ch'timi 09/08/2011 21:58



Cher Bernard,


Un peu de Paul Eluard...pour le plaisir


Novembre 1936


Regardez travailler les bâtisseurs de ruines
Ils sont riches patients ordonnés noirs et bêtes
Mais ils font de leur mieux pour être seuls sur cette terre
Ils sont au bord de l'homme et le comblent d'ordures
Ils plient au ras du sol des palais sans cervelle.

On s'habitue à tout
Sauf à ces oiseaux de plomb
Sauf à leur haine de ce qui brille
Sauf à leur céder la place.

Parlez du ciel le ciel se vide
L'automne nous importe peu
Nos maîtres ont tapé du pied
Nous avons oublié l'automne
Et nous oublierons nos maîtres...

Ville en baisse océan fait d'une goutte d'eau sauvée
D'un seul diamant cultivé au grand jour
Madrid ville habituelle à ceux qui ont souffert
De cet épouvantable bien qui nie être en exemple
Qui ont souffert
Que la bouche remonte vers sa vérité
Souffle rare sourire comme une chaîne brisée
Que l'homme délivré de son passé absurde
Dresse devant son frère un visage semblable
Et donne à la raison des ailes vagabondes.


Amitiés


Patrick



BR 12/08/2011 10:20



Patrick


 


Est le sable qui vous conduit aux ruines de Paul Éluard ?


Merci pour ce poème !



les mots écrits de Jonas D. 05/08/2011 16:44



J'aime bien ton style. Dès que possible je m'attarderai chez toi.


Jonas



BR 05/08/2011 23:34



Jonas


 


Ici, le style et la langue sont choyés.


Sans prétention à la manière d'un artisan écriveur, d'un marcheur sur le bord de la littérature. Je fais en sorte de rendre des billets soignés.


C'est un luxe de nos jours et j'aime ce plaisir simple.


 


Si vous revenez, vous trouverez j'espère de quoi à nouveau, vous satisfaire


Écriveurement vôtre