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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Tout le monde n'était pas au Prado

J - 7

Sous les pavés, la plage quand même …

Tous ceux qui n'avaient pu se rendre à Marseille s'étaient donné rendez-vous au pied de la Place d'Arc à Orléans. C'était manière de partager à distance la fête et le succès du dernier rassemblement du premier tour pour le Front de Gauche, ce grand meeting du Prado qui battit encore tous les records …

 

A deux pas de nous, en guise de clin d'œil ou de facétie, un stand du Parti socialiste se protège sous un grand parasol jaune et rouge. Le militantisme à l'abri de toute surprise en quelque sorte. Un peu plus loin, Franck distribue des tracts qui annoncent que le changement c'est maintenant. Il se plaint d'une concurrence un peu bruyante et colorée. « Nous sommes plus raisonnables et bien plus consensuels ! » m'avoue ce militant un peu à l'écart. Il déplore le peu de conscience politique des passants, plus soucieux de faire des achats que de penser l'avenir.

 

Qu'importe, ceux qui savent pour qui ils vont voter se pressent autour d'une fanfare endiablée qui va scander la révolte populaire. Ils portent haut les couleurs de la Révolution en marche, de cette insurrection populaire qui veut abattre la défunte cinquième République. Oh, bien sûr, nous ne sommes pas la multitude innombrable de Marseille, mais nous sommes bien plus d'un millier en ce samedi après-midi.

 

Autour de nous, les foules à la fièvre acheteuse pressent le pas. Un esclave des temps modernes avance sur un drôle d'engin électrique pour nous proposer des prospectus publicitaires. Il refuse l'échange avec la littérature politique et s'en va plus loin défendre ses valeurs marchandes. Il y a encore beaucoup de gens à convaincre, le travail n'est pas fini !

 

La manifestation joyeuse et tranquille se met en marche. Le peuple est sur de bons rails, ceux d'un tramway qui ne pourra déverser son lot de clients potentiels. Les drapeaux volent au vent, la musique, les cris, les slogans joyeux, les chants donnent un air de carnaval à la joyeuse procession. Le gag pointe son nez, le cortège s'arrête devant la Société Générale. Deux militants joue une drôle de farce. Ils réclament des comptes, en appellent à la nationalisation du lieu, se gaussent des manœuvres bancaire, lui font procès public fort drôle.

 

Dans la banque, maintenant que les caisses ont été renflouées par le peuple, on voit d'un mauvais œil ces facéties de potache. Les rideaux tombent, les portes se ferment, les coffres doivent se verrouiller à double tour. Ils ont bien raison, la nationalisation est pour bientôt et les profiteurs n'auront bientôt plus le sourire aux lèvres. Ils ont pris pour argent comptant notre révolte factice. Demain il se peut qu'elle soit bien plus réelle !

 

Le cortège continue et ne cesse de grossir. Les gens sourient, les passants s'interrogent. Ainsi ce peuple qui gronde n'est pas méchant ! Place du Martroi, nouvelle étape, nouvelle saynète. Un homme en habit et chapeau haut de forme vient narguer le peuple en colère. Une élue se drape dans sa dignité outrée pour tancer l'infâme profiteur. L'un réclame son comptant de caviar et l'autre exige des comptes ! Caricature sans autre ambition que de mettre les rieurs de notre côté.

 

Le serpent reprend son périple. Le soleil est maintenant de la fête. Les gens se joignent à nous, nous avançons vers une autre place au cœur de la vieille ville. Une place pavée, à défaut de sable pour assister à distance, au discours du candidat du front de gauche. Les problèmes techniques retardent l'arrivée de la voix du sauveur. La cité Johannique n'aime pas trop le mélange des genres, la wifi se dérobe quelques temps.

 

Puis des hauts parleurs, la voix du candidat résonne. Étrange scène sortie de nos mémoires. Le silence se fait, les militants et les sympathisants bruyants jusqu'alors sont attentifs. Des accents Gaulliens viennent de ces ondes magiques. Nous vivons un temps suspendu, un rappel des images d'une France qui se libère et qui écoute celui qui vient de lui redonner son honneur.

 

Il y a quelque chose de la sorte. Autour, les terrasses sont pleines. Pourtant, le silence est respecté. A chaque réplique cinglante, à chaque propos lyrique, des regards qui se croisent, des exclamations, des sourires. Il a du talent, il est doué, c'est le meilleur, personne ici n'en doute une seule seconde. Des vieux militants ont le regard qui pétille comme s'ils retrouvaient une jeunesse qu'ils croyaient à jamais révolue. Nous sommes bien loin de Marseille et pourtant, nous sommes tous de tout cœur avec cette foule immense.

 

La technique finit par défaillir. Qu'importe, une Marseillaise monte des gorges, une internationale prend le relais avant que quelques-uns entonnent le chant des partisans. Puis un orchestre prend le relais, on va danser sur les pavés, la politique c'est aussi la fête.

 

Une fois encore, il s'est passé quelque chose d'inhabituel. Un cortège joyeux, une balade militante, l'envie de se retrouver et de se dire que tout est possible. C'est le talent de cette campagne du Front de Gauche de redonner le sourire et la fierté, d'ouvrir de nouveaux espaces, d'accueillir des gens nouveaux d'horizons différents. Dans moins d'une semaine, les premiers dés seront jetés, nous sommes persuadés désormais que ce ne seront pas les derniers. La rivière est sortie de son lit, le peuple a retrouvé son honneur. Et du Prado au Capitole, de la Bastille où de tous ces rassemblements , une vague immense balaiera le vieux monde qui agonise, le 22 avril ou bien un peu plus tard.

 

Défilement leur.

 

 

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