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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Tribunal scolaire 2

L’audience de l’espoir

 




Il faut remonter le parcours sinueux de ce garçon pour comprendre sa présence devant l’aréopage de ses professeurs. Il est de ceux que la vie n’a pas gâté. Il le fait payer chèrement quand on se  trouve sur son chemin. Il a l’élégance de s’offrir à lui même ce qu’il inflige aux autres et n’est pas avare de toutes ces petites tracasseries qui pourrissent la vie.

Il s’est montré précoce dans le dysfonctionnement grave, candidat précipité à la rubrique faits-divers, histoire d’avoir à son tour les honneurs de la presse. Un héritage incontournable, une transmission paternelle qui interroge sur la destinée humaine, le libre arbitre ou la force des représentations négatives. Il a mis un couteau sous la gorge d’un camarade, par jeu disait-il à l’époque !

L’institution s’est montrée compréhensive, elle a tenu compte de son jeune âge, de ses difficultés scolaires, de son parcours personnel chaotique, de sa bonne tête aussi. Une juste admonestation, la menace déjà formulée d’un conseil de discipline à la prochaine incartade auraient du suffire à se lancer sur la voie de la rédemption.

Une année a passé, l’épée de Damoclès n’est plus au dessus de sa tête. Il le devine avec cette incroyable intuition qu’ont nos petits sauvageons pour sentir les failles et les anomalies de notre système. Il a recommencé à défrayer la chronique interne des petits délits mineurs qui exaspèrent avec application, régularité, sérieux et efficacité.



Il multiplie les absences pour échapper à un professeur de sport qu’il juge trop sévère. Il choisit ses jours, recule assez souvent devant cette matinée qui lui demande de se lever de bonne heure pour seulement deux heures de cours. Il ne rend jamais compte de ses absences, ne fait pas signer son carnet de liaison. Il agit à sa guise comme il a appris à le faire depuis si longtemps.

Il s’offre quelques coups d’éclats. Des menaces de mort, des SMS agressifs qui harcèlent un rival pour le cœur d’une belle ! L’affaire prend des proportions excessives, une famille prend au sérieux ce qui n’était que gamineries stupides, il revient sur le devant de la scène. Il continue avec un autre portable, cet instrument diabolique qui a écarté les élèves de leurs obligations scolaires. Il prend une photographie pendant la classe...

Rien de bien méchant mais il ajoute à tout ça des algarades sans fin, des insultes qui dégénèrent à tous bouts de phrases, des petits coups échangés par sympathie, des devoirs qui ne sont jamais faits, une absence totale de travail en classe. Il se retrouve alors dans la dynamique vicieuse de l’échelle des sanctions. Une lettre de mise en garde, un avertissement suivi d’un blâme, deux exclusions pour ses actes insupportables. Une fiche de suivi qui ne donne rien.

Il ne peut inverser la tendance. Il est assigné à ce rôle de trublion qu’une réputation solidement installée lui impose. Il glisse sans que rien ne semble pouvoir arrêter cette fuite qui le mène tout droit vers la sortie. C’est d’ailleurs ce qu’il veut pour envoyer un message à sa famille, à son éducateur, à ceux qui décident de sa destinée : « Je veux être placé, fuir la maison de ma mère où je ne reconnais pas ce beau-père qui a pris la place de mon père ! »

L’école est prise en otage entre la lenteur des décisions sociales, les arcanes de la justice et l’urgence de la demande de celui qui ne tient plus en place. Sa mère ne remplit plus vraiment son rôle, elle ne va pas chercher les lettres recommandées que nous lui adressons, elle n’ouvre plus le carnet de liaison, elle ne se donne plus le droit de venir rencontrer les professeurs.

Aujourd’hui, devant ses maîtres, il a rendu compte de tout ça. Sa mère, accompagnée par un éducateur a entendu enfin cet appel de son fils, les plaintes des enseignants, les conseils des uns et des autres. Un demain est encore possible. Il ne sera pas facile mais la parole a éclairé l’audience. Ce n’est pas un tribunal finalement mais un conseil qui redonne corps à l’espoir.

Optimistement sien.

 


NON A LA FERMETURE DE LIBEORLEANS !

Réalisation : Steph du blog de Polyborus Plancus

Et toujours la pétition à signer...

 




Merci à vous

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