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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un après-midi de terrain

Quand le vin est retiré, on ne peut pas le boire …

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La table fut bien traitée et ce n'est qu'avec un petit quart d'heure de retard que les travaux allaient pouvoir reprendre face à un public contraint à la sobriété. Je reprends mon poste d'observateur décalé ! Chaque service représenté, présentera une expérience vécue. La salle se lâche, rires, exclamations, applaudissements nourris à défaut d'être abreuvés pour saluer l'annonce de l'équipe de Vendôme qui sera forcément attendue au tournant.

C'est à la puissance invitante qu'incomberait de lancer les débats mais la logistique impose encore quelques travaux de manutention, c'est donc Joué les Tours qui s'avance avec deux dames, elles aussi chaleureusement applaudies. La concentration du matin, l'écoute attentive a laissé la place à un climat post-méridien.

La première intervenante ne maîtrise pas le microphone. Elle parle trop fort, trop vite, elle lit. Le risque est grand de décrocher d'autant plus facilement que l'intervenante du matin dominait la technique de communication. La deuxième voix est moins explosive mais tout aussi empressée. Je retrouve les pièges de ce médium si malcommode mais là n'est pas l'essentiel !

Stacy est la vedette de Joué. Scarificatrice notoire, incasable, la jeune fille passe par deux fois à l'acte suicidaire. Elle instaure pourtant une relation exclusive avec une éducatrice. Celle ci part et la jeune fille disparaît de la circulation pendant deux ans avant que de revenir. Elle établit alors des relations épisodiques. La somatisation reprend, Stacy vomit …

Je découvre un langage spécifique. Il faut bordurer le contexte individuel ! La fracture se fait familiale. On hèle un éducateur de derrière un grillage, « So far away from Stacy ... ! » Je décroche bien vite. Nous sommes dans le récit et pas assez dans son éclairage. Comment tirer la quintessence de ce cas de jeune ?

Nos présentatrices passent du coq à l'âme, de l'incasable à l'invisible qui se grime en clochard à domicile. C'est bref et il m'est impossible de faire le lien entre les deux propos. La salle applaudit encore, l'ambiance est bon enfant, on rit, on s'exclame. Puis le ton se fait plus pertinent et grave à partir d'une remarque sur la mission des services de prévention. Quand les enjeux sont forts, je constate que le retour aux missions recadre opportunément le propos.

L'équipe de La Source évoque un invisible. Farid, 16 ans en voie de déscolarisation rencontre l'équipe. C'est l'occasion de faire la connaissance de sa sœur : Ibrahima. D'un stylo utilisé comme bouteille à l'amer, la jeune fille répond au message implicite de l'éducatrice. Une relation téléphonique codée s'instaure.

Cette fois, l'écoute colle à une présentation apaisée et douce. J'ai le sentiment que l'affect joue un rôle fort dans la qualité de l'exposé. Pour sortir du piège, la salle rit d'un mot de travers mais revient vite à l'écoute. Une réaction commence par une pirouette puis pose la problématique. La redondance est parfois utile.

La technique vient au secours de l'équipe suivante en la personne de sa majesté « Power-point » en personne ! Le truchement technologique suppose réglages et installation. La salle bruisse pendant ce temps. L'attention du matin est partie en volutes de conversations diffuses. « Dur à caser, l'invisible », le titre permet de joindre l'utile à l'agréable.

Le présentateur ignore lui aussi l'art du microphone. Nouvelle occasion de remarques. La dissipation gagne ! Le piège ordinaire de la présentation n'est pas évité. La lecture de ce qui est à l'écran n'apporte rien de plus. Les difficultés de coordination entre le présentateur et le technicien d'occasion perturbent le discours et l'écoute.

« La présentation on s'en fiche ! » reconnaît lucidement le locuteur qui reste le nez dans son montage. Le discours perd l'auditeur qui ne suit plus le récit de vie. La farce plutôt que le fond de l'abîme, belle stratégie d'évitement. La technique ne remplacera jamais l'humain et je croyais que c'était l'objet même de cette journée. Je me retire de ce cas, qui m'échappe à cause des facéties inutiles et pas toutes volontaires.

La posture humaine est au cœur du lien qui doit s'établir. Je ne doute pas qu'elle fut au rendez-vous du cas réel. Mais en rendre compte avec la même sincérité paraît être ici, une tache impossible. Rire et farce pour dire autrement la difficulté. Je ne m'y trompe pas, je rencontre cette dérive protectrice dans ma profession aussi. C'est en répondant à une question précise que le pitre d'il y a peu redevient un professionnel sourcilleux, je n'en doutais pas …

C'est au tour de la vedette auto-proclamée sous un tonnerre d'applaudissements. « Le Jeune » serait un incasable casé chez les invisibles pour les besoins de la commande et de la pirouette. Je devine l'ironie comme armure. Elle est inoxydable, l'orateur a un besoin impérieux de glisser des piques, des apartés dans une présentation qui serait forte sans cela. Il y a du Bourvil chez cet homme-là, celui de la conférence anti-alcoolique à n'en point douter avec cet immense sensibilité qui cherche à se cacher derrière le nez rouge.


La salle est bon public. C'est comme s'il y avait eu une bande son de rires enregistrés. Derrière le sketch, il y a Le Jeune. Il faut pousser le clown dans ses retranchements pour faire tomber le masque. Il le connait son « Jeune », il l'aime bien, il a travaillé énormément avec lui. Pourquoi ne veut-il pas nous le donner tel qu'il l'a accompagné vraiment dans la réalité ? Vaste question pour une présentation incasable de Paco mais certainement pas invisible.


L'équipe de Fleury a la lourde tâche de passer derrière la représentation. Elle arrive au complet comme dans mon bureau lors de notre première rencontre. Le chef de service ouvre le bal avec Power-Point. Elliot est le héros incasable de l'équipe. Garçon unique entouré de six femmes, il vit d'exclusion en exclusion, de lieux pourtant de plus en plus spécifiques et il n'a que treize ans.

Il y a une lourdeur cette fois parce qu'au bout du compte le cas pourrait s'appeler voyage au bout de l'enfer ! C'est là, pour l'instant qu'on a laissé le jeune. Tout est noir, tout est bouché, tout est sans espoir. Ça plombe ! La salle est interpellée, les professionnels ont cessé d'être le fan club de Pedro. Des pistes sont proposées, il y a des colères, des réactions viscérales. Qu'attend en fait l'équipe ? Comment les aider à trouver la main de ce garçon si difficile ? Une pause s'impose, pour Elliot surtout !

Au retour, il faut solliciter le dernier groupe. L'émotion, la crainte d'être à leur tour croquer de façon si peu loyale contraint cette équipe au silence. Il ne reste plus que le délicat choix de la prochaine équipe recevante. Une commission devra être sans doute créée pour régler ce problème épineux. 

In-Loyalement vôtre



vidéo :
Educateur spécialisé (2004) par TeleCentreBernon

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