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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un dimanche en bord de Loire

La marche du temps.


 


 

 

Première gelée, petit matin hivernal avant que le calendrier donne le signal officiel. Du soleil et de la brume, du froid et l'envie de tailler la route, profiter de notre fleuve qui a retrouvé son orgueil. Il roule une eau sombre, un courant puissant qui nettoie les berges, remplit le lit et lui donne belle allure.

 

 

 


 

Le soleil de ce premier froid de l'année nous ravit. Nous marchons pour célébrer un fleuve qui se fiche éperdument de la dégradation de notre triple A. Ici, point d'agence de notation; la seule dette que nous ayons restera éternelle, nous devons tout à la Nature qui nous entoure.

 


 

Le petit monde ligérien honore, chacun à sa manière, ce spectacle magnifique. Les adeptes de la petite reine font assaut d'élégance. Des tenues chamarrées, un casque, des gants, un vélo qui se joue de la boue et des ronces, ils filent grand train au risque de heurter le piéton paisible. D'autres portent les roues sous les chaussures, ils patinent pour rompre la glace, glisser sur le bitume, filer comme des flèches qui chaloupent harmonieusement.

 


 

Les marcheurs ont chacun leur manière d'aller de l'avant. Il y a celui qui pense adopter la technique nordique. Les bâtons ne font pourtant pas le larron. L'homme avance les bras en même temps, ses bâtons sont trop cours et il porte au pied des chaussures de ville. Heureusement, il porte, pour passer inaperçu sans doute, un magnifique gilet jaune fluorescent ! D'autres avancent à pas de sénateurs, ils profitent de ce temps qui pique un peu et qui ouvrira à merveille l'appétit du matin.

 


 

Les adeptes de la course à pied nous offrent un bien curieux spectacle. Il y en a de tous les styles, du plus aérien au plus saccadé, de toutes les allures aussi. Certains font peine à voir, d'autres provoquent admiration et jalousie. Les tenues trahissent l'occasionnel ou l'adepte régulier, l'esthète ou l'indifférent aux modes vestimentaires. Les têtes se couvrent parfois d'un casque pour courir en musique et tout ignorer de l'orchestre à mille cordes qui nous entoure.

 


 

Je ne peux me départir du regard de l'expert. Je regarde toutes ces postures qui pour le plus grand nombre sont plus traumatiques que bénéfiques. Les pieds tapent sur le sol, le talon attaque bien plus que la pointe, les canards sont les plus nombreux. Les bras en désordre, les épaules rentrées, le dos vouté, la fesse en arrière … la liste est bien longue de tous ces petits travers qui feront douleurs dorsales pour le reste de la journée.

 


 

J'enrage qu'en notre pays, la culture physique soit à ce point à l'abandon. C'est à l'école qu'il eût fallu apprendre à tous ces gens comment se placer pour aller du pas de l'honnête citoyen. Il y a tant à faire et je constate chaque jour à quel point notre motricité collective est bancale. Comment voulez vous que notre nation aille de l'avant quand son peuple ne sait pas même marcher ! Curieusement, nul ne s'aventure ici, avec des talonnettes. À défaut de technique, le pas reste simple et naturel.

 

 

 

 

Ne pensez pas que je vous tienne ce verbiage pour le plaisir du billet. Ce fut ma conversation entre Loire et étangs, ronces et berges. Je ne peux m'empêcher de regarder la démarche de mon homologue, habitude déplorable de celui qui passe son temps à aller du pas de celui qui marche sur les nuages. Déformation de l'entraîneur soucieux de la posture.

 


 

Pourtant par la suite, je me comportai fort mal à table et nul ne vint me dénoncer auprès de mes semblables comme je le fais ici, sans honte bue, pour ces pauvres promeneurs dominicaux qui ne demandaient rien à personne. Je leur demande pardon et leur prie de balayer d'un revers de manche ce propos dilatoire que je tins en bord de Loire.

 


 

Pédestrement leur.


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