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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un discours d'avant match ...

Leçon d'humilité et de courage.




    Nul sportif ne rentre sur une pelouse pour perdre. Il faut un brin d'espoir pour se préparer convenablement, rentrer dans la cuirasse du guerrier farouche qui ira au combat avec la conviction qui sied pour renverser les montagnes. Pourtant, parfois, l'issue est certaine, le rapport de force totalement déséquilibré et, surtout au Rugby, le miracle parfaitement impossible.

    J'ai la terrible tache de préparer mes joueurs à ce renoncement de l'espoir pour aborder lucidement l'épreuve et éviter ainsi de sombrer corps et âme. Abolir le rêve pour ne pas sombrer au premier coup du sort, se préparer à une après-midi de chien pour ne pas connaître l'humiliation d'une déroute, se gonfler de vaillance et d'abnégation collective pour se serrer les coudes toute la rencontre et vendre chèrement sa peau. …

    Les mots sont faciles à aligner sur un clavier au petit matin de cette redoutable confrontation contre beaucoup plus fort. La vie ne nous prépare plus à ces épreuves où il n'y a rien à espérer et tout à perdre. Perdre ce qui peut rester d'honneur et d'orgueil. Perdre son intégrité physique en passant sur le rouleau compresseur adverse. Perdre la face en prenant une claque à la maison !

    C'est pourtant dans le secret des vestiaires qu'il faudra abandonner l'habit d'homme moderne, celui qui ne nous fait agir que par plaisir quand c'est facile, sans contrainte, sans risque et sans douleur. Ceux qui rêvent de ces marqueurs de tranquillité n'ont déjà rien à faire sur une pelouse de Rugby où jamais rien ne correspond à ces exigences d'enfant gâté.

    Toujours, lorsqu'on enfile la tunique ovale, l'homme abandonne ses caprices, ses facilités quotidiennes pour se fondre dans un collectif et accepter la dimension de la peur et du risque, des coups et des souffrances. Parfois, comme aujourd'hui, il enfile un bleu de chauffe, un habit de peine et de douleur car le rapport de force est démesuré.

    C'est alors l'occasion de grandir ou de s'enfuir, de mourir symboliquement les armes à la main ou de déguerpir les larmes dans les yeux et la peur au ventre. Il faut faire le choix de l'honneur, ne rien lâcher tout au long d'une rencontre déséquilibrée. Chaque ballon doit être une révolte, chaque plaquage un acte de bravoure sans se soucier du score. C'est là qu'on reconnaît les braves et les vaillants !

    Lutter pour sortir la tête haute. Donner pour chaque centimètre de terrain concédé l'énergie nécessaire pour renvoyer le rouleau compresseur d'où il est venu. Conserver le ballon, avancer collectivement à petits pas pour ne jamais le rendre avec l'occasion trop belle du contre assassin. Poser des barbelés sur toutes les parties du terrain et recommencer ainsi jusqu'au coup de sifflet final sans ne jamais baisser les bras et la tête.

    C'est dans cette épreuve que l'on peut retrouver les conditions des victoires ultérieures. C'est dans l'abandon de son petit confort, la négation de ses bonnes excuses, l'effacement de ses prétextes égoïstes que chaque joueur peut retrouver une identité collective. C'est la plus belle occasion qui vous est donnée de vous sublimer, de vous fondre dans un groupe qui jusqu'à présent n'a été qu'illusion, de vous révéler à vous même et à tous les autres.

    Une équipe doit naître ce soir dans la défaite. Ce n'est pas une pirouette langagière, ce n'est pas un discours démagogique, c'est l'instant de vérité qui vous contractez avec votre conscience et c'est le rendez-vous que vous fixez à vos coéquipiers. C'est la match du courage, de la ténacité, du dépassement, de l'obstination. C'est la quête d'un honneur retrouvé !


    Franchement vôtre.

Et le miracle eut presque lieu. L'équipe a perdu la tête haute, elle s'est inclinée face au leader 3 à 5. Un score qui montre l'appreté de sa réaction d'orgueil. Demain sera enfn meilleur ...


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Patrick 07/02/2011 19:20



Jusqu'où iras-tu dans le domaine de la préparation psychologique de tes troupes . . .
Quel match d'Hommes en ce beau dimanche, beaucoup de sacrifice,
et meme si Nico n'en est pas tout à fait convaincu (LOL comme ils disent), continue à RESISTER



BR 07/02/2011 21:22



Je n'ai plus beaucoup de cartouches en réserve.


Ce coup-là était le dernier à ma disposition sur ce ressort psychologique.


La crainte était grande et il fallait conjurer la peur.


J'ai été à bonne école de ce côté là et Monsieur Henry aimerait le texte et le Petit caporal aurait apprécié la façon de le dire. C'est à eux que je dois ce que je suis maintenant.



Patrick 07/02/2011 10:10



Mon Ami,


Nous t'avons badé sur ta préparation psychologique . . . mais soit sur qu'il y avait beaucoup de sympathie, de reconnaissance et d'amitié à travers nos rires


à voir les larmes de certains combattants à l'issue de ce match palpitant, on ne peut que penser à un nouveau départ. . .


Et oui, il faut y croire tous ensemble : "DEMAIN SERA ENFIN MEILLEUR"


Solidairement tien,


 



BR 07/02/2011 21:17



Patrick


Demain sera un autre jour et le blessé est convalescent. La guérison peut être longue mais hier le bonheur était sur le pré malgré la défaite.


Les valeurs étaient déployées au vent de la fronde. Ces valeurs pour lesquelles je me bats en toutes circonstances et qui ne se trouvent plus là où tu sais !


Le rugby restera éternelle tant que des soirées comme celle-ci existeront encore