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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un secret si bien gardé

Il n'y a pas que l'âne qui brait !


Dans un petit hameau à l'écart de presque tout, où nul réseau ne vous relie au monde extérieur, un pré, deux ânes et quatre chèvres attirèrent mon attention. Un petit âne gris brayait à la mort à tout moment de la journée, un bruit terrifiant, entre sirène de détresse et train de marchandises qui passerait à proximité. Le pauvre animal exprimait ainsi son triste sort.


Mal nourri, abandonné dans ce pré qui ne lui fournit pas sa ration quotidienne, il est maigre, agressif, querelleur. Le voisinage subit ce spectacle désolant sans oser intervenir. Le maitre des animaux a fort mauvaise réputation, il a derrière lui un passé qui ne plaide pas en sa faveur. C'est alors que l'on me raconta une bien étrange affaire, un secret bien gardé au cœur de la Corrèze.


L'homme était boucher avant que de sombrer dans la marginalité et plus tard le fait-divers. Il faut admettre que sa compagne, pauvre épave aux prises avec un alcoolisme qui paradoxalement la prive de tout débouché social, ne lui a pas facilité la vie. Chaque fois qu'il s'essaie à quelque action positive, la reine de l'appétence vient le couvrir d'insultes. La boisson n'est jamais bonne conseillère !


Le couple trouva néanmoins sa place dans ce hameau. Monsieur rendant parfois services aux fermiers du coin, usant parfois du savoir-faire d'un métier qu'il continuerait d'exercer sans sa triste commère. Les abus de langage et de la dame rompant bien vite les tentatives d'insertion. L'oisiveté fut bien vite le lot quotidien de ces pauvres gens. Comme chacun sait, mère de tous les vices, elle fit basculer la vie du couple dans la tragédie et les projecteurs …


Un matin d'exaspération pathétique, l'homme fut pris d'une envie d'ailleurs, d'un espoir d'une autre vie. Il se fabriqua un fusil factice, enfourcha sa mobylette sans prendre de casque histoire de se faire remarquer un peu plus et s'en alla, armé de ce fier équipage braquer le crédit agricole du canton voisin ; faute aggravante dans nos provinces. Le plus incroyable dans cette aventure romanesque, c'est qu'il eut le nez creux et récolta, lors de son forfait, deux sacs pleins de billets de banque.


Le retour dût poser quelques problèmes d'intendance. Il ne doit pas être aisé de rouler avec un cyclomoteur chargé d'un tel butin et de l'arme postiche du larcin. Qu'importe, l'homme gardera toujours le secret de cette partie mystérieuse de son aventure. Quant il rentra au hameau, seul le fusil était encore de l'épopée …


La suite provoqua grand émoi durable et petite notoriété fugace pour les habitants du hameau. La troupe gendarmesque du G. I. G. N. investit les lieux, encercla la maisonnette de celui qui fut, pour les besoins de l'édification des masses et des journaux télévisés, présenté comme un forcené, un monstre qu'il fallait réduire par une force disproportionnée et armée jusqu'aux dents. Hélicoptères et hommes en armes jusqu'aux dents, casques et tenues de combat ...Quand le pauvre bougre vit les conséquences de son coup de folie, il sortit bien vite les bras en l'air. Deux gendarmes eurent tout aussi bien obtenu le même résultat à bien moindre frais !


La justice passa, l'homme purgea sa peine en restant muet comme une tombe sur sa cachette. Les mauvaises langues locales prétendirent qu'il avait caché le butin dans une porcherie du voisinage, personne ne pouvant imaginer endroit plus approprié pour cet homme de peu, repris de justice et si peu recommandable. Sa femme continua à boire pour noyer son chagrin et agrémenter sa solitude.


Les années passèrent, la levée d'écrou arriva pour notre braqueur petitement motorisé. Il retrouva son hameau, sa femme et sa réputation. Chacun l'épiait pour savoir quand il changerait de train de vie. Mais, l'incarcération lui joua bien vilain tour tout comme les décisions monétaires d'une Europe elle aussi élargie ….


Le magot était en francs, l'euro était passé par là faisant de notre motocycliste un homme riche en monnaie de singe. Comment pourrait-il se rendre à la banque de France pour changer son précieux pécule mal acquis en un joli magot exploitable ? Certains pensèrent qu'il renonça à la transaction car il y avait bien trop loin de sa maisonnette à la Capitale pour la mobylette et son valeureux propriétaire. À moins que de gros cochons se soient engraissés de cette fortune clandestine, ce qui, il faut bien l'avouer, ne changerait rien à la destination habituelle des grosses sommes d'argent.


Braquagement vôtre.

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Françoise 17/08/2011 19:18



Ce qui s'appelle en clair "n'avoir pas de bol". Que la monnaie change, c'est rare.


Il doit réfléchir à ces mots "BIEN MAL ACQUIS NE PROFITE JAMAIS".


Une question me taraude, il a passé combien de temps en prison ? Parce que les gros voyous en col blanc ou non ne restent, finalement, jamais longtemps incarcérés et les sommes sont plus grosses.
Je vous l'dis mon beau monsieur, il n'y a pas de justice.


Bonne soirée. A bientôt.



BR 17/08/2011 19:29



Françoise


Cette maxime ne s'applique pas tujours.


Dans le monde des affaires, les frippons font plus souvent vache grasse que maigre.


Quand au changement de monnaie, s'il a désservi notre homme il a servi bon nombre de frippons ayant pignon sur rue ...


 


Ainsi la moral n'est pas respectée.