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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une journée pas banale

Le tour de balle.




Quatorze heures sept, l'assemblée est enfin au complet pour une réunion qui s'ouvre sur un propos liminaire peu engageant. La parole est alors confiée à un ancien d'un lieu qu'il ne reconnaît plus. L'inflation des problèmes disciplinaires use les enseignants qui se trouvent confronter aux trublions, à la fatigue engendrée par l'accumulation de rapports désastreux et à ce terrible sentiment d'impunité qui s'installe progressivement dans les plus mauvaises têtes.

Dans ce contexte, comment est-il possible de continuer à œuvrer pour la mission qui est la nôtre ? L'enseignant se doit à tous les élèves, les brillants comme les plus en difficulté. Mais il n'est pas aisé d'individualiser l'enseignement quand la gestion de l'éducatif prend l'eau de toutes parts. Ce sont tous les éléments périphériques qui prennent le dessus sur le corps de métier.

La liste est longue des griefs qui viennent perturber la marche de notre institution. Les élèves se faufilent avec brio dans les interstices de nos dysfonctionnements qu'ils soient institutionnels, humains, organisationnels ou judiciaires. Pour faire le tour de ces questions brûlantes, il est possible de sérier la problématique autour de cinq points.

La communication, la pensée magique des organismes hypertrophiés arrive en première place. Tout savoir n'est pas possible, mieux savoir devient indispensable. La vie des élèves et surtout leur trop plein de vie mérite un éclairage attentif pour évoquer retard, discipline des déplacements, respect du carnet de liaison et de ce lien incontournable avec la famille. Le carnet est d'ailleurs si important qu'il hérite d'un groupe de réfection à lui tout seul. Du sol au plafond, il hésite entre rénovation ou refonte totale.

La face (farce) noire de notre activité arrive en quatrième position de nos préoccupations. Punitions et sanctions, cohérence et stratégie, suivi et respect des mesures prises sont les points essentiels de ce nerf de la guerre que nous sommes amenés à livrer à la pègre locale. Enfin la partition majeure, le projet d'établissement a droit à quelques attentions, retouches ou inflexions pour répondre globalement à la désespérance actuelle.

Pour éviter le choc frontal, la stratégie de l'évitement à moins que ce ne fut celle de la diversion opère quelques minutes. Dans l'assistance, des soupirs ou des bruissements, des exclamations et des mouvements diverses montrent que la position active n'est pas facile à tenir dans le calme. Progressivement, le ton monte, les rancœurs et les rancunes percent le mur de la bienséance. C'est difficile à vivre et le dire enfin soulagerait bien des présents !

Comment inverser le cercle vicieux de la dérive des comportements, des incivilités et des faits graves qui s'accumulent avec une constance qui force l'admiration. C'est bien là le seul motif de progrès et nos élèves s'appliquent à faire toujours mieux dans le plus mal. Ils démontrent ainsi une capacité jusque là insoupçonnée : la persévérance dans l'effort !

Le temps est venu de la constitution des commissions, de cet espace réduit dédié à la réflexion. Je crains que la foire aux récriminations prenne le pas sur le travail réel sur les thèmes. Leur composition est comme souvent sujet à hésitation, tergiversations et pinaillages divers et variés. Le temps s'étire, l'utile se réduit à vue d'œil, le futile tient la vedette de ce suspens intenable. Vous voulez enterrer un sujet, créer des commissions. Pour le tuer, il suffit de constituer celles-ci.

Dispersez-vous et débrouillez-vous ! Ce qui serait en la matière, un grand pas en avant. Si ce débrouiller c'est mettre un terme à tout ce qui brouille, ce qui fâche, ce qui divise, ce serait effectivement un grand progrès, une pierre blanche pour cette journée. Il va se dérouler une heure avant le retour des commissions, je m'interroge sur ce qui va advenir de ces petites réunions entre bons ennemis. Alors pour oublier ceci, je vous laisse avec le seul professeur qui pose les vraies questions :



Discordement vôtre.

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Le ch'timi 11/05/2011 22:06



Cher Bernard,


Objet : poème d'une enseignante





Monsieur Le Président,
Merci de lire ce message,
Un p'tit bonheur sur une page,
Une douceur... pour l'Education Nationale.
Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.
Je suis Professeur des Écoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt-six élèves à l'école..
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples...
Dans cette école une chance,
Un p'tit morceau de bonheur,
Qui s'écrit avec ces trois lettres :
Employée de la Vie Scolaire.. .
Pour l'Education Nationale,
Un p'tit bonheur, c'est pas banal,
Un léger baume sur le coeur
De cette Grande Dame
Un peu... bancale !
Notre bonheur, c'est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d'la Grande Dame...
Elle est... une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c'est du bonheur... assuré !
Dès le matin, elle s'active,
C'est sur le net qu'elle s'incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l'inspectrice,
Et celles de l'Académie....
Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués...

Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon... à quoi bon dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l'aide à le recopier, à taper sur le clavier...
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l'exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l'énergie...

Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire...

Ah! Notre petit journal
« Magique », ils l'ont appelé
Quel travail de fourmi,
J'y passerai......des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre... deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler...

Et puis... c'est reparti !
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l'ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S'ouvrir l'esprit, être curieux.

Ne pas oublier l'insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague !... On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c'est vital !

Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l'ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,

...Sans elle, jamais...
Ce ne serait si bien géré.
Le soir, coup de fil...
C'est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme...
Ecoute, me dit-elle... c'est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j'ai reçu... un imprimé,
Dans quelques semaines, c'est marqué,
Votre contrat est terminé...
Ils me demandent ce que j'ai fait,
Pour trouver un futur emploi..

Sa voix se fêle... "J'ai...un emploi! »
Ils me demandent ce que j'ai fait,
pour me former, pour m'insérer,
Sa voix se gèle.... puis accélère: « Je... suis formée,
depuis trois ans, j'me sens utile, insérée et c'est varié,
pas bien payé, mais... j'veux rester ! »
Sa voix s'étrangle... c'est à pleurer...

Ils me demandent mes compétences
C'que j'ai acquis, que vais-je répondre ?
Il y a l'espace... d'UNE LIGNE
UNE LIGNE.... mais tu te rends compte !

J'ai honte, honte... il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J'ai honte, honte... pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l'ont créée, l'ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,
Qui a tant encore à leur apprendre..

Et Géraldine ???
On n' lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d'indemnité
Ils lui précisent... Oh!...comme ils disent
D'étudier ses droits... pour... le R.M.I.
Elle a raison... c'est à pleurer...

Alors qu'on demande chaque jour,
A nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et.... « Merci »
De s' respecter, d'être poli
Comme vous dites, Monsieur Sarkozy...
Que vais-je dire, à la p'tite fille,
Qui l'aut're jour, près de moi, s'est assise,
Et, tout fièrement, m'a dit :
« Tu sais, Maîtresse, moi, quand j'serai grande,
J'irai au collège, comme mon grand frère,
J'irai au lycée, j'passerai mon bac,
Et je ferai... comme Géraldine! »
Je sursaute... Mon coeur se serre...C'est à pleurer.

C.Picavet
Professeur des écoles
à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)


En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence, Elodie,
à tous les Philippe, Sébastien, et bien d'autres qui ont valorisé mon travail, et participé à la guérison d'la Grande Dame... qui est encore bien malade...

Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros...
Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après avoir semé, soigné ?

Je n'ai pas fumé la moquette
Je veux seulement que l'on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
Qu'on arrête de tourner en rond !
Torpillé le « Chagrin d'école »
En mille miettes de BONHEUR !

En l'honneur de tous ces p'tits bonheurs..
INONDONS LE NET
les amis, les décideurs,
les chômeurs, les travailleurs,
les directeurs, les inspecteurs,
employés et professeurs,
députés, ministres,
r'm'istes ou artistes,
chanteurs, compositeurs, rapeurs, slameurs,
radios, journaux, télés,

et à tous ceux qui sont... parents... d'un enfant...
enfin à chaque être humain de ce pays
qui j'espère un jour dans sa vie,
a bénéficié d'un peu de bonheur,
de cette Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
dans le giron de la Grande Dame.

P.S : Ironie..... A la rentrée, c'est presque sûr
Notre petite école rurale
Sera dotée d'une Valeur Matérielle Ajoutée,
Des fonds ont été débloqués,
Huit ordinateurs et un tableau interactif
Une « classe numérique »
Nous serons à la pointe du progrès ! Et pour cela, je serai formée !
Mais, qui m'aidera à installer, et à gérer, sans Valeur Humaine Ajoutée ?


A LIRE, PUIS A TRANSMETTRE merci
Ce n'est pas la 1ère fois que l'Education Nationale, autrement dit l'Etat, se déshonore !!

amitiés


 Patrick


 


 


 



BR 12/05/2011 06:43



Patrick


 


Merci beaucoup pour ce texte qui illustre le sabotage en règle que subit notre institution.


 


Les profs ne sont pas en mesure de comprendre vraiment ce qui se trame, ils se démènent au quotidien avec leurs immenses difficultés. Les parents agissent maintenant comme des consommateurs et
ils ne voient pas qu'il faut le plus grand mal à leurs enfants. Les momes sont les rois de cette gabgie , leur toute puissance, si utile pour le consumérisme se retourne contre le monde adulte.
Travailler, mais pour quoi faire ?


 


et puis il n'y a plus de nerf de la guerre :


L'école publique est asphyxiée financièrement.
Plus assez d'argent pour les manuels scolaires.

On l'équipe d'ordinateurs mais personne ne les entretient (pas de poste technique pour un rôle indispensable et à plein temps)
Pas d'argent pour la maintenance.

Outre le dysfonctionnement, au bout du mécompte, il y a un gaspillage scandaleux.

La volonté est claire et marche à merveille

Pluspossiblement leur