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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une journée sans presque la Loire !

 

Maintenant, le bitume …


 


 


Permettez-moi de ne point trop dire de ma soirée à Champlain. Il y a parfois des moments de grâce si fragiles qu'ils risquent de se briser dans le partage. J'ai dîné avec deux vieilles dames, l'une a 82 ans et l'autre, petite flamme merveilleuse qui vacille, dix de plus. Elles étaient toutes deux dans le même gîte. Elles seront mes étoiles du marcheur ! Accordez-moi le droit de me les garder un peu en égoïste. Ce fut si merveilleux …

 


 

Au petit matin je fis plus ample connaissance avec notre maître de maison. Jean François tient sa ferme comme d'autres un haras. Le visiteur ne peut croire qu'ici on élève un grand troupeau de vaches à viande. Pas de trace, pas de paille, une incroyable propreté. Plus loin, en pleine nature, un troupeau de porc à l'air libre. Là encore, aucune odeur.

 


 

Jean-François n'est pas un éleveur ordinaire, cette exigence d'hygiène s'explique parce qu'il dispose d'un laboratoire de transformation de la viande au cœur même de son exploitation. Avant de partir, j'eus droit au saucisson sec et au jambon maison. Un régal ! Je pouvais partir du bon pied !

 


 

Le programme s'annonçait roboratif. La Loire allait jouer à cache-cache avec son arpenteur. Toujours en contre-bas, elle prenait le temps de virer en tous sens pour s'extraire à ma vue. À chaque village traversé, il eût fallu faire grand détour pour espérer la voir entre ronces et épines. Les différentes personnes que j'interrogeai à ce sujet confirmèrent que la dame n'était guère visible et que nul chemin ne permettait de la longer. Mes amis d'Ècopôle auront bien du travail pour mettre en application leur rêve : « Un chemin de Saint Nazaire au Mont Gerbier ».

 


 

Pour l'heure le pèlerin de dame Liger, se doit, pour ses dévotions, d'accepter le bitume comme passage obligé. Je n'y fis que brèves et anecdotiques rencontres. La première eut lieu à Unias pour une triviale nécessité de chaise percée. Le personnel communal me tendit les bras, m'accorda lieu d'aisance et m'offrit deux petites bouteilles de Badoit pour la route. Merci à eux !

 


 

Puis plus rien à se mettre sous la langue. Les villages étaient déserts, le mauvais temps éloignait les bavards du pas de leur porte et les automobilistes s'arrêtent rarement pour entamer une petite conversation à moins d'un désaccord franc et massif. 

 


 

C'est au gré de mes demandes de direction que je croisai Gilles, le roi de la canne à pêche et son ami Didier de la cabane à frites. Si tous les deux aiment à tremper le bouchon, ils ignorent tout des chemins du bord de Loire. Puis ce furent les clients apéritifs du Moderne Bar de Saint Just Saint Rambert. Aucun d'eux n'exprima l'envie de m'accompagner un bout de chemin, aucun ne le put si l'envie lui était venue …

 


 

C'est ainsi qu'après 8 heures de solitude et de goudron j'arrivai à Chambles. Malgré une presque homographie, point de chambres ici; Pourtant les dix kilomètres de pente avaient bien épuisé le marcheur des pays plats. C'est alors que les circonstances me poussèrent à aller vers une belle rencontre.

 


 

Je suivis à contre-cœur les flèches annonçant un gite d'étape à 1,5 km à l'écart de ma route et manifestement pas en contre-bas. Le petit hameau de Biesse est perché dans les pins et les hêtres. J'y trouvai Anne, responsable du gite et amoureuse de la Loire. Avec son mari, ils ont participé, il y a quatre ans, au festival de Loire. Ils faisaient démonstration de fabrication de bouts, des cordes pour la manœuvre. Elle me montra son matériel.

 


 

Ils étaient venus avec une Ramberte, ces bateaux d'aller simple qui doivent leur nom à la ville voisine de Saint Rambert. Les Rambertes ou Sapines étaient fabriquées de bois de sapin. Elles étaient chargées du charbon des mines du Forez. Elles descendaient la Loire pour porter leur cargaison puis finissaient leur route comme bois de chauffage ou de charpente au lieu de livraison. Les mariniers remontaient à pied (sans en faire autant d'histoire que Nabum, ajouterait Boubba !)

 


 

Elle me proposa de me conduire en voiture admirer cette Loire espiègle qui s'était dérobée depuis le matin. Les photos du jour lui doivent beaucoup. Puis elle me déposa chez une amie qui tient chambre et table d'hôtes, une situation plus confortable pour un marcheur affamé et aimant un peu de confort. C'est aussi le privilège de l'âge.

 


 

Ainsi va la vie de celui qui marche sans vraiment savoir de quoi demain sera fait, le long d'une belle dame au parcours incertain. Que ceux que ce récit dérange ne viennent pas troubler les voyageurs par procuration qui me font l'honneur de partager ma voie d'eau !

 


 

Narativement vôtre.

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