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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Des pièces rapportées ...


La pierre, valeur refuge …


 


    Quelque part dans un petit village, un hameau perché à flanc de colline, se fit, durant plusieurs décennies, l'acteur de la comédie de la pierre, cette valeur refuge de tous les secrets inavouables. En ce lieu, à l'écart de presque tout sauf de nos faiblesses humaines, trois feux brûlaient l'hiver qui est souvent rude. Un ensemble de bâtiments abandonnés depuis seize longues années qui avaient fait la place belle à la ronce et aux orties, était à vendre depuis presque autant de temps.

    Une grosse difficulté procédurale venait entraver la possibilité d'une vente. Le voisin, homme charmant mais droit dans ses bottes et intransigeant dès qu'il s'agit de défendre ses droits, usait de façon coutumière de la grange de l'endroit pour y ranger son matériel agricole. Il avait ce caractère têtu des hommes de ce pays rude et six fois déjà, la vente avait capoté faute de son engagement écrit à renoncer à son privilège.

    Un couple, jeune dans son union toute fraîche, vint tenter l'aventure de trouver place en territoire hostile. Ils venaient du Luxembourg, terre lointaine et étrangère, même si la communauté de langue vous accorde quelques circonstances atténuantes. Le clan des héritiers, désabusé par les échecs précédents, se retrouva une fois encore chez monsieur le notaire en croisant les doigts. Le voisin irascible allait-il une fois encore les laisser sans ressource ?

    Il faut vous avertir, pour la clarté de la fable, que les candidats propriétaires ignoraient tout des tracasseries de voisinage. Ils avaient fait la route avec la certitude de signer un pacte avec l'avenir et le pays de leur choix. Quand le notaire fit le tour de table des présentations, il leur parut étrange de constater la présence d'un voisin, mais les coutumes diffèrent d'un pays à l'autre et l'amour rend naïf, c'est bien connu.

    Le ciel de leur nouveau coin de terre leur tomba sur la tête quand le gardien de la légalité immobilière demanda au paysan bourru si cette fois, il allait accepter de signer son renoncement à occupation abusive. Un grognement inaudible pour toute réponse, les avertit que l'affaire prenait un tour imprévu.

    Notre ami luxembourgeois sentit qu'il fallait demander une interruption de séance pour avoir une conversation (si cette expression peut rendre compte de la chose) avec son possible futur voisin. Un échange de mots brefs, des questions réponses à l'économie langagière permirent aux deux hommes de trouver un terrain d'entente. Une tape dans la main valant ici bien plus qu'un gribouillis illisible sur un papier timbré.

    Le notaire et les héritiers restèrent ébahis que l'affaire fut enfin conclue. Il y avait là sans doute quelque sorcellerie luxembourgeoise pour faire fléchir le roc. Ils avaient bien raison, des forces obscures gouvernaient ce pacte dont les péripéties ne faisaient que débuter. Le voisin allait découvrir à ses dépens que le malin était de la partie …

    Quand il rentra dans sa ferme, son vieux père, alité et fort mal en point se leva pour savoir l'issue de la nouvelle assemblée. L'homme dit brièvement à son aïeul : « C'est fait ! ». L'ancien poussa un soupir qui en dit long sur ce qu'il avait sur le cœur, se recoucha, pour ne plus jamais respirer l'air pur de cette vallée de misère.

    La vente était scellée par la mort de l'ancien. Le hameau pouvait faire bonne figure aux nouveaux venus qui allaient découvrir que rien n'est jamais acquis en ce territoire de tradition. Nous prendrons la peine de narrer prochainement les trente années de travaux et de surprises, de trahisons et de bonheur qu'ils vécurent dans ce qui deviendra leur terre d'adoption.


    Nobiliairement vôtre.

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