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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une rentrée bien mesurée

Retour à la case départ.

 

 

 

 


Quel que soit l'établissement scolaire, le rituel de rentrée des professeurs fonctionne sur des incontournables inscrits dans le marbre d'une tradition immuable bien peu utile. Il s'agit de préserver les apparences de l'occupation tout en préservant l'illusion de rester en vacances pour quelques heures encore !

Le café d'accueil trône en majesté pour une mise en train sans précipitation. Les groupes se forment, se défont, se reconstituent au gré des disciplines, des affinités, des statuts ou des fonctions. On évoque surtout les congés , cet Eldorado de la profession. C'est maintenant le temps des regrets, déjà des projets à venir. Tous ont la nostalgie de ce temps merveilleux sans élève qui donne une grand part de son charme à cette noble profession.



La salle polyvalente est le siège de la fameuse réunion plénière, le moment que je redoute le plus. Le Principal prend le micro, les professeurs sont plongés dans leur livret de rentrée, un document papier qui est souvent redondant avec les propos tenus. Le personnel non enseignant est présenté par un chef d'établissement qui connait bien son monde. L'écoute est très dissipée, ce générique des seconds rôles passe pour parfaitement fastidieux …

Les apartés se propagent de proche en proche. Le micro couvre tout juste un bruissement continu. C'est le grand moment d'une relative indifférence aux autres, ceux qui ne remplissent pas les rôles titres de la maison. C'est sans méchanceté aucune, le plaisir de se retrouver après deux mois d'absence l'emporte sur le respect qui est dû à ceux sans qui rien ne serait possible ! Puis vient le tour de la présentation des professeurs. Ils se lèvent à tour de rôle pour décliner Prénom – Nom et discipline. Souvent la présentation se limite à ce bref message, le professeur n'est pas à un grand communicant avec ses pairs.

Heureusement, quelques-uns se démarquent de cette litanie insipide, des éclats de rire saluent la saillie ou la pointe d'humour. Puis, il faut citer les cas qui fachent, les postes partagés entre plusieurs établissements, les absents (il y en a toujours), les postes pas encore pourvus. Tout cela, évidemment sort du cadre optimiste qu'a tracé notre ministre pour qui la rentrée se passe conformément aux prévisions sans aucun problème malgré les baisses régulières des effectifs dans les rangs de l'encadrement.

C'est alors le tour aux éléments les plus importants pour notre hiérarchie : les statistiques. Le nombre semble contenir toutes les réalités humaines. Les laisser pour compte apparaissent en creux, ils sont ceux qui sont restés sur le bord du chemin, quelques unités qui font tâches, quelques tâches qui ne traduisent pas les détresses qui se cachent derrière ces décimales qui s'envolent.

Mais point de sensiblerie, seul l'écart aux objectifs fixés par le projet d'établissement pose problème. Les individus sont laissés de côté, il faut rentrer dans les clous de la prévision ! Des ajustements seront nécessaires, il faudra sans tarder établir de nouveaux projets, reprendre les procédures et les contenus, rendre nouvelle copie au plus vite pour satisfaire les attentes de l'administration académique.

La réponse à ces drames humains se trouvent, nul ne doit en douter, dans le délire anthropométrique qui réduit l'enfant à une suite de compétences isolées les unes des autres, en apesanteur de sens. La scolarité n'est plus qu'une course à la validation, un empilement sans rime ni raison de savoirs si mal définis. C'est le Socle Commun, la nouvelle bible éducative, la table de la loi qui enferme chaque enfant dans une logique totalement individuelle.

L'enseignant est devenu une machine à enregistrer : mesurer, évaluer, valider, cocher, remplir une case, compléter une grille. L'humain n'est plus au cœur de cette machine infernale. L'élève est fragmenté, segmenté, découpé, atomisé pour rentrer dans les petites cases d'une lecture analytique de la pédagogie afin que vos enfants deviennent à leur tour des petits soldats de la mondialisation et du mercantilisme.

L'administration centrale cornaque ce système qui va à sa perte. Les injonctions arrivent dès aujourd'hui. Les équipes disciplinaires devront dans les plus brefs délais revoir leurs projets, consacrer leur énergie à des prospectives sans lien avec le réel. Alors que nous devrions être entièrement préoccupés par l'accueil des élèves, de leurs familles, nous sommes déjà dans la masturbation « docimologique » ! Il nous faut nourrir le délire chronophage de notre hiérarchie pour un métier qui devrait être d'abord axé sur le lien, la communication, l'accueil et la compréhension des individus qui nous sont confiés, pour permettre les apprentissages au sein d'un collectif qui doit être lui aussi, objet de notre sollicitude et de notre attention.

Docimologiquement leur.

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sylvain champion 04/09/2011 19:24



tu as oublié " le livret de compétence", nouvelle "bible" '(même dans l'enseignement public)


dont on va nous rebattre les oreilles pendant toute l'année



BR 04/09/2011 19:35



ylvain


 


Que nenni !


 


Je parts même en croisade contre ce vilain livret quand il ne sert qu'à réduire l'enfant qu'à une suite de petites actions vides de sens.


 


Tourt n'est pas à jeter dans la décomposition des actions, c'est le système de repérage permanent qui est parfaitement inadapté et totalement inutile.


Mais nous n'aurons jamais notre mot à dire et nous opposerons notre force d'inertie qui est  d'une grande efficacité quand il s'agit de défendre l'intérêt des enfants



mobal 03/09/2011 23:04



Je prends de plus en plus de plaisir à consulter ce site dont les articles ont chaque fois un grand mérite : ils ne ferment pas le débat , sont écrit par qquelqu'un dont le vocabulaire permet de
nuancer , et de plus donne l'impression jouissive après lecture d'être plus intelligent.


La vidéo sur l'éducation et son paradigme est excellente et je me suis permis de la faire déjà circuler .


A la prochaine lecture


un supporter de Momméjat (ça ne rajeunit pas...)



BR 04/09/2011 08:09



Mobal


 


Que de compliments.


 


Merci, tout simplement. Le rugby n'est pas qu'un sport de brutes épaisses, j'aime à démontrer le contraire et votre plaisir de lecture atteste que vous appartenez aussi à notre belle famille
d'Ovalie