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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Vies cabossées et miettes d'espoir

Sans domicile … très fixe






Michèle est une femme d'une cinquantaine d'années. Elle a la gueule fracassée ! On devine dans son regard qu'elle a été une belle femme qui avait de la classe ! Lorsque je la rencontre pour la première fois dans sa bicoque, un baraquement dans une ancienne cité d'urgence, qu'elle partage avec un homme plus vieux qu'elle, aussi violent qu'inbibé d'alcool, c'est le choc ! La désolation, plus sûrement ….

J'ai pourtant l'habitude. Mais, on ne s'accoutume jamais à la misère humaine humaine, à la déchéance, à l'abandon de soi ! Le bâti est archaïque. De dehors déjà, on devine la pauvreté. Il y a des endroits comme ça qui transpire la désespérance …

En pénétrant dans le logement qui ne comprend qu'une cuisine et une chambre, c'est la consternation ! Il y a des excréments au sol et des cadavres … de bouteilles anisées. L'agent du service « Hygiène » de la ville d'Orléans m'avait prévenu : «  C'est au-delà de l'insalubrité ! » Mais, qu'y a-t-il au delà ? ….

La porte d'entrée refermée, je suis plongé dans l'insignifiance humaine. Premier contact avec la réalité de cette femme, de son quotidien, de sa souffrance et de sa détresse. Sa désespérance muette, exprime sans mot, tout ce que l'on enfuit de saleté, son quotidien déposé, décharge. Il n'ya pas que la terre qui soit une poubelle !

La frontière entre le professionnel et l'enfant que j'ai été, s'efface d'un coup : « Elle me rappelle ma mère ! » Je suis pourtant rompu à l'imprévu et à faire face aux situations les plus extrêmes. De mpn passé d'éducateur de rue, je tire cette capacité à me détacher … au moins dans le moment présent. Quand à dix ans tu regardes ta mère partir inconscience dans une ambulance, déjà tu t'es forgé une carapace !

Mais ce jour-là, avec cette émotion prégnante où se mêle l'odeur du pourri et de la mort qui rôde, je n'arrive pas à m'échapper de l'immédiateté. Je suis dedans. Elle est allongé dans un lit que je devine sous les immondices. En état d'ébriété, carrément défoncée ! Je me présente, lui explique que je suis travailleur social mandaté pour m'occuper d'elle.

Elle regarde dans ma direction, balbutie péniblement quelques mots inaudibles. Elle n'a sans doute rien compris à ma visite. Je lui laisse mon numéro de téléphone que je punaise sur la porte. Pour aujourd'hui, ça suffit !

Les rencontres succèdent aux rencontres ; des rendez-vous matinaux quand l'alcool n'a pas encore fait trop de dégâts, même si ceux de la veille ne sont pas entièrement dissipés … Avec une infirmière du secteur pychiatrique qui connait Michèle depuis des lustres, nous décidons de faire nettoyer le logement, de lui proposer une hospitalisation libre en service psychiatrique. Juste le temps de remettre le logement en état … lui dit-on.

Nous avons le secret espoir de lui offrir une pause, une petite rupture, une trêve dans cette guerre qu'elle semble avoir perdue d'avance. Même dans les murs de la folie, elle sera protégée ! Avec cette infirmière, nous sommes sur la même longueur d'onde, nous agitons le drapeau blanc. Michèle nous laisse la porter …

Elle est au bout du bout. Au fond d'elle, elle sait que le salut, son salut, viendra des autres. Anesthésiée par l'alcool, elle a renoncé depuis longtemps. C'est la première fois qu'elle lâche prise ! Nous alllons profiter de cet entre-deux, pour mieux la connaître, lui offrir la possibilité de se projeter dans un autre avenir.

Semer des pointillés comme d'autres sèment des cailloux. Retrouver son chemin, se réconcilier avec les autres, avec son corps, avec elle-même ….

Nous faisons remettre le logement en état, le désinfecter, le récurer. Elle ne retournera pas y vivre. De toute façon, le locataire, c'est Raymond, son compagnon de mauvaise fortune, un violent ! Raymond, c'est un ancien militaire : « On l'appelle le légionnaire ! », mystère qu'il entretien pour terroriser le voisinage. On entre dans la légion pour oublier son passé. Est-ce par culte voué à cet usurpateur ou pour oublier son propre passé que Michèle s'est liée à cet homme arrogant ?

Raymond, soixante ans bien tassés, le cheveu fou et blanc, la barbe mal taillée, alcoolique notoire, d'une violence inouïe est un personnage parfaitement insupportable. Les mains me démangent de lui casser la gueule, ce n'est pas très professionnel ! Et puis, répondre à la violence par la violence … Enfin, il ne m'impressionne pas ! Lors de notre premier regard, teinté de mépris et de dédain, j'ai compris qu'il avait perdu de son influence .

L'hospitalisation ayant permis un premier sevrage, en prévision de la sortie, nous  proposons à Michèle un nouveau logement. Nous sommes en relation avec un propriétaire qui a été sensible à sa situation. Il lui propose un petit deux pièces que nous pourrons agréablement aménager.

Je rencontre régulièrement Michèle, elle me raconte sa vie. Elle parle, elle nomme l'innommable. Elle enfile enfin le costume de victime. Elle se déleste du poids de la culpabilité … Cette violence et l'alcool …. qu'elle avale pour s'anesthésier, pour ne pas réfléchir, est une substance qui tue à petit feu …

Je l'ai vécu dans une autre vie, une vie de grand enfant. On sombre petit à petit, insidieusement, sournoisement dans l'alcoolisme ; pour se donner du courage puis pour s'abrutir le cerveau et ne plus penser.

…. Et moi, j'ai assisté à cette déchéance ! J'ai tendu la main. Ce n'était pas facile à une mère en perdition de saisir celle de son grand enfant. Moi, le professionnel du social, moi qui suis payé pour aider, j'ai été le témoin impuissant de sa lente agonie. Ma mère mourra le 4 mai 2004 … Un peu de moi est mort ce jour-là !

Michèle me livre son histoire Elle a été adoptée toute petite par une famille d'enseignants :
«  Nous habitions dans une maison bourgeoise. Fille unnique, j'ai été élevé par des perants que je vouvoyais. Un précepteur venait à la maison pour me faire travailler. Comme j'étais douée en danse classique, j'étais vouée à un destin de petit rat … ce que je suis devenue plus tard ! » continua-telle en se moquant d'elle même !

à suivre dans


Avec l'aimable autorisation de l'auteur :

Yves Bodard

Yves Bodard, écrivain par LibeOrleans

et de son éditeur :  Corsaire éditions


Demain : Le billet de ma lecture publique de ce texte de l'ami Yves.

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le ch'timi 26/05/2011 18:55



Cher bernard..A faire tourner...








 





Salam,

Voici un poeme qui parle d'une femme battu je vous laisse le lire et il parle de lui seul.
Qu'Allah subhanou wa tahalla préserve toute femme de cette souffrance, de cette humiliation...



J'ai reçu des fleurs aujourd'hui.

Ce n'était pas mon anniversaire ni un autre jour spécial.

Nous avons eu notre première dispute hier dans la nuit et il m'a dit
beaucoup de choses cruelles qui m'ont vraiment blessées.

Je sais qu'il est désolé et qu'il n'a pas voulu dire les choses qu'il a
dites, parce qu'il m'a envoyé des fleurs aujourd'hui.

**************************************************

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***

J'ai reçu des fleurs aujourd'hui.

Ce n'était pas notre anniversaire ni un autre jour spécial.

Hier, dans la nuit, il m'a poussée contre un mur et a commencé à
m'étrangler.

Ça ressemblait à un cauchemar, je ne pouvais croire que c'était réel.

Je me suis réveillée ce matin le corps douloureux et meurtri.

Je sais qu'il doit être désolé parce qu'il m'a envoyé des fleurs
aujourd'hui.

**************************************************

**************************
***

J'ai reçu des fleurs aujourd'hui.

Et ce n'était pas la fête des mères ni un autre jour spécial.

Hier, dans la nuit, il m'a de nouveau battue, c'était beaucoup plus violent
que les autres fois.

Si je le quitte, que deviendrai-je? Comment prendre soin de mes enfants? Et
les problèmes financiers?

J'ai peur de lui mais je suis effrayée de partir. Mais je sais qu'il doit
être désolé parce qu'il m'a envoyé des fleurs aujourd'hui.

**************************************************

**************************
*****

J'ai reçu des fleurs aujourd'hui.

Aujourd'hui c'était un jour très spécial, c'était le jour de mes
funérailles.

Hier dans la nuit, il m'a finalement tuée.

Il m'a battue à mort.

Si seulement j'avais trouvé assez de courage pour le quitter, je n'aurais
pas reçu de fleurs aujourd'hui...........



Faites passé ce message autour de vous afin de faire ouvrir aux yeux à ces hommes mais aussi faire réagir ces pauvres femmes sans défénse!



Message edité (23-07-03 19:59)..


Et depuis rien à changer..Patrick qui a été directeur de CHRS ( mères-enefants; femmes battues; prostituées )..et ce durant 8 ans


amitiés


Patrick




BR 27/05/2011 06:40



Patrick


 


Je l'envoie à monsieur Bodard


 


Merci pour ce très beau texte.