Chroniques-ovales
Premières distinctions
Après trente années de discrétion disciplinaire, j'ai le déshonneur d'ouvrir mon casier à crabes pour y glisser la mésaventure de ce dimanche vécu en terre Castelrousine !
Monsieur S…, arbitre du Limousin a planté son dévolu sur notre match. Il y est venu en seigneur, il en est parti en maître absolu ... Tout puissant, hautain et suffisant, ce monsieur a une étrange conception du sport, de la communication et du rôle pourtant ô combien indispensable de l'arbitrage.
Dés son arrivée, nous avons tous ressenti un courant d'air glacial soufflant de sa hauteur. Donnant des ordres, des injonctions tout en y fixant des conditions, il démontrait d'entrée de jeu qu'il serait le seul maître à bord et que Dieu lui-même n'avait rien à espérer dans le partage de ses responsabilités et prérogatives.
Habituellement, une discussion préalable s'établit entre l'arbitre et l'entraîneur pour valider des stratégies élaborées en fonction d'une lecture possible de la règle. Avec sa seigneurie, point n'est besoin d'ouvrir la bouche, il vous la cloue immédiatement au nom du Livre dont il se reconnaît seul, la possibilité d'en faire une exégèse.
Accompagné d'un directeur de match, l'arbitre effectue un partage des taches administratives qui accompagnent un match de Rugby. Monsieur S… n'est pas partageur et l'ami G. V. T. fit de la figuration au bord de la pelouse.
Sur le pré, le ton sec, le geste cassant, il pérore au milieu et ne permet aucun commentaire ce qui est son droit, ni aucune question ce qui est un abus de pouvoir. Il distribue les pénalités avec empressement et incohérence, acceptant pour l'un ce qu'il refuse à l'autre et changeant de position pour un autre point réglementaire …
Ce qui devait advenir survint hélas. N'en pouvant mais, je lui demandais sans la moindre irrévérence de donner un peu plus de place aux joueurs en ce dimanche de Rugby. Immédiatement notre homme auquel depuis 65 minutes je n'avais absolument jamais adressé la parole, sortit avec plaisir un carton jaune qui me brandit au nez pour se prouver son infaillibilité. Profitant de sa présence à quelques mètres de moi et avec la plus grande politesse possible, je lui demandais alors de respecter les joueurs des deux équipes lorsqu'il s'adressait à eux. L'homme vit rouge et moi aussi malheureusement !
Je sortit donc de mon carré de condamné avec le soutien des spectateurs alors que je n'étais qu'un affreux visiteurs. Des dirigeants, des arbitres sont venus par la suite m'exprimer leur soutien. Rien ne pourra jamais effacer cette tâche. Mon registre des sanctions fédérales venant d'être inauguré par un homme qui se permit, le match terminé de faire un bras d'honneur aux spectateurs.
Lors de la réception, Monsieur S… continua à s'enfermer dans sa posture élitiste et n'adressa la parole qu'à un porteur de tenue officielle de la F.F.R., technicien départemental subalterne !
Je souhaite ne jamais recroiser ce monsieur qui met tout en œuvre pour s'opposer au simple plaisir de partager un match de Rugby avec un adversaire loyal sous la direction d'un arbitre ami du jeu et du sport. Ce jour-là, nous étions sous la coupe d'un potentat irascible et dictatorial. Il faut espérer pour ceux qui l'entourent qu'il ne dispose, dans son quotidien d'aucun responsabilité analogue et que cet hyper-pouvoir ne s'exprime que le dimanche.
Honteusement vôtre.
BR

