Chroniques-ovales

Expert en expertise …

À quelques grandes gueules dont hélas, parfois, je fais partie !


Voilà bien une espèce qui ne figure pas dans les 36 volumes de l'histoire naturelle de Georges-Louis Leclerc de Buffon. Pourtant elle semble proliférer dans tous les domaines de la vie sociale, économique, publique et pour ce qui nous concerne, sportive.


L'expert promène son expertise et sa faconde par monts et par vaux, qu'importe d'ailleurs ce qu'il vaut pourvu qu'il dispose des mots pour le dire !


Nos tribunes de Rugby n'échappent pas à cette génération spontanée du verbe. Il est fréquent de constater un attroupement autour d'un péroreur qui se régale des bières qui alimentent sa nuisible faconde. Notre Tribun de la tribune dispose de sa cour. Elle remplace bien commodément ce rectangle vert qui n'est plus, pour lui, qu'un souvenir teinté d'une douce nostalgie amnésique.

Débarrassé du principe de réalité qui impose à tous de rester humbles et discrets, le Tribun peut tout à loisir évoquer un Rugby qui n'existe que dans les livres ou les sphères professionnelles.

Il a peaufiné son lexique rugbystique où il ne manque jamais aucun terme nouveau et dans l'air du temps. Il épluche pour cela le Midi Olympique, sa bible et son recyclage terminologique. 


Bardé d'expressions qui en imposent aux quidams des travées, il va déverser tout à loisir son venin ou son miel en fonction du rapport de force qui se dessine sur le terrain devant lui. C'est bien là la plus grande difficulté pour la pratique « tribanique », il faut sentir le sens du vent. Percevoir avant les autres, ces braves gens de la plèbe, ces néophytes du dimanche, l'issue du match auquel ils ont l'honneur d'assister avec les indications éclairées et même brillantes d'un connaisseur avisé. 

Si l'équipe locale assomme son adversaire, domine de la tête et des épaules, il doit accepter de se lancer dans l'exercice le plus délicat qui soit : une analyse au fond particulièrement amphigourique pour justifier cette supériorité. Il s'en tire le plus souvent en dressant un curriculum vitae faussement détaillé des joueurs locaux, en vantant leurs compétences techniques, physiques et mentales. Il peut pimenter son intervention de quelques données très personnelles sur les plus en vue ; taille, poids, petites amies éventuelles et anciens entraîneurs de renoms


Par contre, dans la situation inverse, il jubile. Il peut à loisir sortir la tronçonneuse et tailler menu tout ce qui bouge. Joueurs qui ne s'entraînent pas assez, entraîneurs incompétents (pléonasme) et trop payés, projet de jeu illisible et incohérent (contradiction évidente qui n'est remarquée par personne autour de lui), dirigeants mous et sans envergure, président prétentieux et toujours absent.

Le match terminé, la défaite consommée, il pourrait tenir toute la nuit si malheureusement on ne venait pas lui fermer scandaleusement la buvette sous le nez. Il y a tant à dire quand la méchanceté domine vos propos.

Si notre homme ne peut deviner l'issue de la rencontre, il lui reste encore une opportunité de briller en billevesée. Monsieur l'arbitre deviendra alors son suc biliaire, son sac à maléfice, sa tête de turc. Il dispose d'un sujet inépuisable qui atteint son paroxysme quand les horions que s'échangent gentiment nos 30 acteurs provoquent injures et mots doux dans les tribunes. L'apparition d'un carton lui fournira matière à dissertation haineuse, il deviendra le procureur d'une république impitoyable vouant aux gémonies ce pauvre gardien du temple de la règle.


Ce torrent de paroles peu amènes n'a qu'un seul objectif, que l'auditeur ébaubi lui offre une bière avant qu'un second encore plus interloqué y aille de son écot puis qu'un troisième réitère la commande et ainsi de suite, car, apprenez que tout parleur
vit aux dépens de ceux qui l'écoutent !

Emphatiquement vôtre.
BR

Ven 8 mai 2009 Aucun commentaire