Chroniques-ovales
En guise de point final …
À la mi-mai, le Rugby s'habille d'exotisme , sort ses banderoles, astique les cuivres et grime ses supporters aux couleurs de son club de cœur.
Les formations méritantes prennent la route pour aller affronter de lointains cousins issus de régions de plus en plus lointaines. Finis les confrontation consanguines, chacun sort de son pré-rectangulaire pour s'enhardir dans ce grand tour de l'Ovalie triomphante.
Au bout de ces périples multiples, pour une seule formation bénie des Dieux, un bouclier de bois inscrit cette quête dans la droite ligne des épreuves initiatiques. Pour tous les autres, à un moment donné, la gueule de bois suppléera ce Graal inaccessible …
Les phases finales sont au Rugby ce que la Coupe de France peut être aux autres sports collectifs. Mais ici, on ne s'affronte qu'entre homologues. À chaque niveau, sa compétition, à chaque étage, un rêve matérialisé par un titre de Champion de France et le nom du club à jamais gravé sur le bout de bois !
Pour ceux qui ont le bonheur d'être invité à cette fête, un doux parfum envahi tout le club. Une excitation de premier communiant s'installe dans toutes les têtes. Les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants, les supporters. Tous seront de la fête et du voyage car il y a voyage pour tout le monde …
La confrontation se déroulera sur terrain neutre, une autre ville d'Ovalie qu'ils auront plaisir à découvrir ainsi que cet adversaire qui les a contraint à examiner une carte pour réussir à le situer.
Les phases finales sont d'abord une grande migration. Les nordistes vont au Sud, les sudistes viennent se perdre dans le Nord, l'Est se déplace à l'Ouest, le Ponant rejoint le Levant …
Les glacières et les barbecues sont de sorties également. Le joli mois de Mai incite à la flânerie et à la gourmandise. Les jours ne seront d'ailleurs pas aussi longs que ces nuits de victoires qu'il faudra bien effacer avant le rendez-vous suivant.
On ne parle pas tout à fait Rugby. On y jouera bien assez tôt ! On ne s'en préoccupera qu'à quelques minutes du coup d'envoi. On évoque les exploits passés et leurs lots d'abus et de folies. On anticipe déjà sur le prochain adversaire en évaluant le point un chute probable et ses gourmandises gastronomiques. On prépare le retour qui sera peut-être le dernier de l'année et qui devra être le plus beau, le plus mémorable, le plus déraisonnable …
Les sacs sont pleins. Il y a beaucoup moins de vêtements chauds qu'en plein hiver et beaucoup plus de rafraîchissements divers et pas toujours diététiques. Les supporters le sont déjà et il faudra les supporter avant que de pouvoir enfin partager leur euphorie.
Quand l'arbitre siffle le coup d'envoi, le folklore laisse place à une réalité sportive beaucoup moins souriante. L'adversaire ne joue absolument pas de la même façon que les équipes du coin. La peur d'échouer tenaille mais les plus fanfarons. Les terrains sont durs (il semble que l'arrosage des rectangles dédiés au Rugby demeure une pratique exceptionnelle dans ce pays) et les coups font plus mal en mai qu'en janvier.
La rencontre aura un vainqueur qui reprendra la route la semaine suivante . Au coup de sifflet libérateur, ses joueurs exulteront à l'idée de cette semaine gagnée sur la petite mort sportive. Il y aura malheureusement un vaincu qui la mort dans l'âme, mettre un point final à son année rugbystique dans une bacchanale mémorable ...
Exotiquement vôtre.
BR

