Chroniques-ovales

Quand des dos se tournent.

Le Rugby n'est pas toujours ce merveilleux pays de cocagne que je me plais à décrire à longueur de chroniques. Il y a aussi , c'est heureux, de la mesquinerie, des lâchetés et des rancœurs.

Il s'y construit des inimitiés aussi solides que les amitiés sur lesquelles elles se sont fondées. 


Les excès ne se limitent pas aux seuls abords des buvettes et tables de réceptions. La haine peut surgir au détour d'un mot ou d'un geste. Elle sera d'autant plus tenace que ce monde ne donne jamais dans la demi-mesure.


Un départ mal compris peut initier le fermant de la future passion funèbre et destructrice. Un nouveau détour n'est jamais facile quand les plaies précédentes ne sont pas refermées. 


C'est à trop jouer sur la corde des émotions, à puiser dans l'affectif les motifs de la sublimation, à mettre en avant la dimension psychologique, que l'entraîneur se condamne de lui même à s'inscrire dans l'éphémère, à borner son action dans un temps donné.


J'évoque ici le travers auquel ne peuvent échapper ceux qui cherchent à dépasser les limites d'un groupe où à résoudre par ce biais une situation compromise. Par la mise en avant de la procédure fusionnelle , il se prépare immanquablement à remuer la dimension conflictuelle qui guète son moindre faux pas.


Un gestionnaire pépère de son groupe, un entraîneur qui s'inscrit dans la durée ne peut se permettre de déclencher l'orage qui peut l'emmener. Il cherche le consensus, cette option qui ne goûte jamais tant que la mollesse et  l'évitement. Il tient le cap, il enfile les saisons comme les perles en ne se départissant jamais d'une posture de gentil gendre, de bon camarade.


Le caractère n'est pas un défaut dans la fonction. C'est même une qualité essentielle pour faire bouger les lignes, quel qu'en soit le sens, du reste. Cependant, le trouble induit toujours des fractures qui contraignent un jour ou l'autre à remettre le baluchon sur le dos.

Cela, seront nos fameux club-trotter. Ils passent souvent pour des opportunistes, des pique-assiettes ou des carriéristes. Effectivement, au fil de leurs déplacements, des changements qui les ont construits en laissant inévitablement quelques dégâts collatéraux, ils se sont constitués un bagage qui peut les rendre exigeants, ils se mettent en danger ce qui suppose quelques contre-parties et ils jouent leur réputation ce qui demande réflexion !


Bouger, ils ne le font pas de gaité de cœur. Ils y sont contraints par une lecture du contexte qui ne peut être celle des sédentaires historiques d'un club. L'échec sportif est bien évidement le motif principal de leurs migrations saisonnières. La lassitude des uns ou de l'autre, l'usure du message surgissent souvent la troisième année, il faut devancer cet écueil. Il se peut alors qu'une réussite puisse devenir paradoxalement, une raison de fuite, quand la structure ne peut suivre la progression engagée.


Quand le mouvement est décidé, les dos se tournent. Le passé s'envole au moindre talon qui fait volte face. À ce moment, il faut accepter de ne pas se retourner pour regarder devant soi !

Et parfois, droit devant, il y a un mur …

Certains ont alors le sentiment d'être devant une impasse. Derrière eux, tant de dos se sont tournés que personne s'apercevra de leur sortie de route. Une pause ? Un arrêt ? Une fin ? Ils s'interrogent à chaque fois, ils ont pourtant cette certitude de ne pouvoir se passer de cette adrénaline toxique mais si puissante …


Introspectivement vôtre.
BR

Lun 18 mai 2009 2 commentaires
bonjour BR,

fidèle d'entre les fidèles que dis-je d'antre les fidèles; ceux d'avant....
Comme je n'ai pas trouvé où donner un avis( je me demande soudain si j'ai cherché ce qui d'un autre côté montrera que je suis ttes les rubriques...) dans l'excellentissime rubrique carton rouge je le fais ici:bravo pour ce texte sur la foire aux voix. Je comprends la déception de l'auteur lorsque l'on connaît sa passion pour la foire aux foies !
A bientôt pour de nouvelles aventures,pour de nouvelles lectures. Un texte sur une descente du fleuve Royal s'impose...tout comme un sur l'invasion du chèvre polonais en Bas-Berry !
christian - le 18/05/2009 à 18h59
J'attends des suggestions pour le versent carton rouge.

Le site oniris a accepté un premier texte.

Merci fidèle lecteur anonyme de Valencay.

BR 
BR
Il m'est impossible de penser que cet article est autobiographique ! Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec votre signature.
L'entraîneur, vaste sujet ! A la lecture de cet article, je reconnais fort bien certains entraîneurs, partis de leur propre chef, pour des ambitions sportives plus en adéquations avec leur capacité (ce qu'ils croient en tout cas !), voire des ambitions plus lucratives (çà j'en suis sûr) C'est pourquoi il me vient à l'idée de vous imposer mes réflexions:
Doit-on faire du réchauffer quand la volonté de la structure est d'aller de l'avant, de faire du neuf ?
Comment convaincre un entraîneur à ce joindre à un projet ambitieux mais réaliste, où seul le challenge sportif sera son leitmotiv ?
Bien sûr cet entraîneur ne peut être vénal, et le copinage, s'il existe, ne sortira pas de la buvette !
Aux guises de vos futurs articles !
Ouvertement vôtre.
EM
EM - le 19/05/2009 à 01h30
Il n'y a jamais que de l'autobiographique dans tout ça !

Souvent, les expériences se croisent et ma vision des choses s'exprime aussi.

Pour ce texte, un bon coup derrière les oreilles a déclenché la musique.
La partition reste polyphonique …

La question du challenge sportif est réelle. Elle fonde beaucoup d'engagement.
La dimension de l'ego est incontournable dans ce monde de cabotin.

Ne pas faire avaler des couleuvres à ces divas est indispensable à la réussite du challenge avancé !

Laissons l'aspect vénal. Il n'entre pas en ligne de cause dans notre dimension autobiographique.

Merci
BR 
BR