Chroniques-ovales

Le Rugby a bon dos !

    Non, ce n'est pas Nadine de Rotschild qui préside aux destinées de cette nouvelle institution de maintien. Cette dernière est bien trop confidentielle pour toucher la très médiatique dame de bonne tenue !

    Ce n'est pas non plus une école de sélection pour une nouvelle émission de télé-lubricité, où chacun s'affiche sans vergogne ni pudeur. Ici, la parole est aux humbles et aux sans grade.

    C'est encore moins un avatar de l'Académie des premières lignes. Pour des raisons obscures qu'il ne serait pas convenable de démêler ici, les entraîneurs de la Bande à Jules ne sont pas conviés aux travaux de ces doctes académiciens.

    Non, l'école de la posture n'appartient à nulle coterie. Point n'est besoin de cooptation ou de sélection pour participer au rendez-vous bi-mensuel de ce courant pédagogique du bout de ficelle et du caoutchouc ! Ici, le slogan « Former autrement » se dissimule dans le secret d'aphorismes issus du monde entier, toujours affichés au fronton de notre Estanquet.

    L'école de la Posture de la Bande à Jules, c'est le système D élevé au rang d'institution. Point de swiss-ball ni de traîneaux, pas l'ombre d'une salle de musculation ni celle d'un préparateur physique. L'imagination a pris le pouvoir par défaut et l'innovation fleurit dans la récupération.

    J'ai assisté à une séance de Posture à laquelle participaient 20 jeunes gens de 15 à 19 ans. Sur la pelouse, tout un ensemble hétéroclite annonçait une séance à nulle autre pareille. C'est presque un inventaire à la Prévert qui accueillait les apprentis rugbymen.

    Des sacs de plaquage et des boucliers semblaient perdus au milieu de pneus assemblés de diverses manières ; en duo avec une chambre à air ou bien curieux réceptacle pour un ballon solitaire. Des chambres à air se trouvaient liées à des sangles de moissonneuses batteuses d'un autre temps. Des fûts de bière pleins ne cherchaient pas une pompe pour se rendre utile. Un pneu arrière de tracteur trônait près d'un banc solide et large comme une table. Des cerceaux apportaient un peu de couleur à la verte pelouse et un joug se demandait ce qu'il pouvait bien faire avec de pareils voisins ! Enfin une corde de marine de Loire, s'enroulait le long de ses quarante mètres.

    Tous les écoliers de la posture s'agitaient, s'affrontaient ou se démenaient. Ils tiraient, poussaient ou soulevaient. Ils se gainaient, se plaçaient, se présentaient. Une armée d'adultes hilares et attentifs guidaient les uns, corrigeait les autres et les encourageait tous, de la voix et du geste affectueux.

    Des doublettes se formaient pour passer aux différents ateliers. À chaque poste un seul souci, la posture du dos. Les mêmes exigences : le verrouillage du bassin et des cuisses, la flexion des membres inférieurs et la rectitude de la colonne vertébrale.

    Curieusement, ces travaux d'Hercule avaient des airs de vacances et il était toujours question d'une paire de lunettes de soleil, placée sur le bout du nez des garçons du joug. Croyant être de passage dans une activité de loisir destinée aux pensionnaires de l'hôpital psychiatrique tout proche, je m'en retournais plus perplexe encore qu'à mon arrivée.

    Au loin, un farouche tir à la corde opposait tous les acteurs de cette étonnante session de l'école de la posture. S'ils sont fous à lier, ils disposent de quarante mètres de bonne corde de chanvre pour ligoter l'instigateur dément de ces séances étranges.

     Frénétiquement vôtre.
Lun 28 sep 2009 Aucun commentaire