Chroniques-ovales
Un sentiment d'inutilité absolue …

À Humber du forum Rugby Fédéral
Mais que vient-il faire dans cette galère ? En ce jour de colère céleste, lui le gracile ailier, la fusée ou le TGV (c'est selon la tradition locale) se morfond au fond de la classe. Exilé sur son aile de solitude, il maudit ce sport qui ne trouve pas salle à sa démesure !
En préparant son sac au petit matin nuageux, il a senti que ce grand vent d'ouest allait déverser sur son pauvre petit corps frileux, des tombereaux de gouttelettes froides et pénétrantes. Il a ajouté cette double peau miraculeuse, produit de l'ingéniosité des laboratoires textiles, pour supporter ces deux heures sous la pluie qui ne l'enchantent pas !
Qu'on ne lui parle pas de Gene Kelly lui avait un parapluie et une bien jolie partenaire. Notre pauvre ailier sera
seul sur son flanc désolé. Même les fidèles supporters à la casquette grise ne vont pas le régaler de leurs insultes chaleureuses, de leurs remarques technico-tactique d'un autre temps, eux aussi
ont migré vers la tribune ou le vin chaud.
Il sera seul, désespérément seul. Tout l'après-midi, il va tomber des cordes et des quilles. Les cordes vont le lier pieds et poings au fond du terrain à attendre les ogives qui vont arroser les ailes sans aucune imagination et avec une obstination maladive. Les quilles vont le ridiculiser encore plus aux yeux des gros qui devront faire des mêlées à chaque maladresse qu'il ne manquera pas de commettre par ce temps de chien…
L'en-avant n'est rien s'il n'y avait tout le reste. On va le priver de la moindre passe et pourtant, transit de
froid, c'est lui qui devra se coltiner les ballons les plus chauds de cette belle partie de campagne écossaise, bretonne ou irlandaise. Sous la chandelle, quelques mèches insidieuses qui vont
mettre le feu aux poudres. Des plaquages à retardement d'autant plus pardonnables que les appuis sont instables, la visibilité réduite et l'attention de tous limitée. Et c'est lui qui va se
retrouver, les bras en croix, sur l'herbe mouillée.
Il se rappelle qu'il a failli se noyer, un après-midi d'épouvante, dans la tourmente qui se déchaînait à Dieppe. Impossible d'admirer les falaises et la mer, le brouillard, la grêle, la neige même avaient transformé ce sport merveilleux en punition divine. La boue, l'eau et un plaquage à vous réduire en bouillie. Il s'était effondré dans la première flaque venue et avait perdu connaissance et dignité, ses esprits et l'oxygène vital.
Il se réveilla sur une civière, un goût amer de terre dans la bouche et le visage tendue par un masque inesthétique
de boue durcie. Il en avait un coup dans l'aile mais pas la plus petite goutte d'alcool n'était en cause. De l'eau, beaucoup d'eau, rien que de l'eau !
De ce souvenir, il garde la haine de la pluie, une aversion qui tombe du ciel, une angoisse sourde qu'il faut affronter de novembre à mars dans nos contrées septentrionales. Sous ce déluge qui s'annonce, il maudit ses parents de l'avoir prénommé Noé, son entraîneur de l'avoir retenu dans le groupe des titulaires, ses éducateurs d'antan de l'avoir confiné à l'aile pour sa vitesse.
L'orage, la bourrasque pour cet après-midi de désolation, de frissons et de maladresses, d'ennui et de désarroi, il les vivra à la maison à l'abri des regards. Il va se faire remonter les bretelles, la Baronne va hurler quand il sortira de son sac, des hordes dégoulinantes d'eau et de boue, des chaussures qui ont épousé la terre, un survêtement qu'il n'a pas su protéger du reste et une serviette de bain qui fleure bon la vase et la moisissure.
Le soleil reviendra le dimanche suivant, il regardera les copains des tribunes puisque, cerise sur le jet d'eau, il
a pris un carton jaune pour un dérapage verbal avec un arbitre un peu sec !
Aquaphobiquement vôtre.

À Humber du forum Rugby Fédéral
Mais que vient-il faire dans cette galère ? En ce jour de colère céleste, lui le gracile ailier, la fusée ou le TGV (c'est selon la tradition locale) se morfond au fond de la classe. Exilé sur son aile de solitude, il maudit ce sport qui ne trouve pas salle à sa démesure !
En préparant son sac au petit matin nuageux, il a senti que ce grand vent d'ouest allait déverser sur son pauvre petit corps frileux, des tombereaux de gouttelettes froides et pénétrantes. Il a ajouté cette double peau miraculeuse, produit de l'ingéniosité des laboratoires textiles, pour supporter ces deux heures sous la pluie qui ne l'enchantent pas !
Qu'on ne lui parle pas de Gene Kelly lui avait un parapluie et une bien jolie partenaire. Notre pauvre ailier sera
seul sur son flanc désolé. Même les fidèles supporters à la casquette grise ne vont pas le régaler de leurs insultes chaleureuses, de leurs remarques technico-tactique d'un autre temps, eux aussi
ont migré vers la tribune ou le vin chaud.Il sera seul, désespérément seul. Tout l'après-midi, il va tomber des cordes et des quilles. Les cordes vont le lier pieds et poings au fond du terrain à attendre les ogives qui vont arroser les ailes sans aucune imagination et avec une obstination maladive. Les quilles vont le ridiculiser encore plus aux yeux des gros qui devront faire des mêlées à chaque maladresse qu'il ne manquera pas de commettre par ce temps de chien…
L'en-avant n'est rien s'il n'y avait tout le reste. On va le priver de la moindre passe et pourtant, transit de
froid, c'est lui qui devra se coltiner les ballons les plus chauds de cette belle partie de campagne écossaise, bretonne ou irlandaise. Sous la chandelle, quelques mèches insidieuses qui vont
mettre le feu aux poudres. Des plaquages à retardement d'autant plus pardonnables que les appuis sont instables, la visibilité réduite et l'attention de tous limitée. Et c'est lui qui va se
retrouver, les bras en croix, sur l'herbe mouillée.Il se rappelle qu'il a failli se noyer, un après-midi d'épouvante, dans la tourmente qui se déchaînait à Dieppe. Impossible d'admirer les falaises et la mer, le brouillard, la grêle, la neige même avaient transformé ce sport merveilleux en punition divine. La boue, l'eau et un plaquage à vous réduire en bouillie. Il s'était effondré dans la première flaque venue et avait perdu connaissance et dignité, ses esprits et l'oxygène vital.
Il se réveilla sur une civière, un goût amer de terre dans la bouche et le visage tendue par un masque inesthétique
de boue durcie. Il en avait un coup dans l'aile mais pas la plus petite goutte d'alcool n'était en cause. De l'eau, beaucoup d'eau, rien que de l'eau !De ce souvenir, il garde la haine de la pluie, une aversion qui tombe du ciel, une angoisse sourde qu'il faut affronter de novembre à mars dans nos contrées septentrionales. Sous ce déluge qui s'annonce, il maudit ses parents de l'avoir prénommé Noé, son entraîneur de l'avoir retenu dans le groupe des titulaires, ses éducateurs d'antan de l'avoir confiné à l'aile pour sa vitesse.
L'orage, la bourrasque pour cet après-midi de désolation, de frissons et de maladresses, d'ennui et de désarroi, il les vivra à la maison à l'abri des regards. Il va se faire remonter les bretelles, la Baronne va hurler quand il sortira de son sac, des hordes dégoulinantes d'eau et de boue, des chaussures qui ont épousé la terre, un survêtement qu'il n'a pas su protéger du reste et une serviette de bain qui fleure bon la vase et la moisissure.
Le soleil reviendra le dimanche suivant, il regardera les copains des tribunes puisque, cerise sur le jet d'eau, il
a pris un carton jaune pour un dérapage verbal avec un arbitre un peu sec !Aquaphobiquement vôtre.
Jeu 12 nov 2009
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