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Le monde selon C'est Nabum

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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

De l'individu au collectif



Le questionnement de cette présentation est
 « Peut-on associer les compétences individuelles afin de créer la synergie au sein du collectif ? »

 

À travers quelques chroniques, nous allons nous interroger sur les thèmes suivants :

- La création et management du collectif 

- Le cercle vertueux ou vicieux de l’apprentissage en équipe 

- Le point de vue de l’individu au sein du collectif 

- L’importance et la place du leader au sein du collectif 

 

1 : Du Rugby en général

 

            Notre sport concentre le plus grand nombre d'individu qui soit dans les sports collectifs modernes. Quinze jeunes hommes aux morphotypes comme aux profils psychologiques très différents sont en même temps sur le terrain pour réaliser des tâches très différentes les unes des autres. Il faut leur ajouter un contingent important de 7 à 8 remplaçants qui sont eux aussi marqués par ces différences fonctionnelles et mentales.

 

            Un texte peut vous présenter cette complexité des associations improbables auxquelles nous sommes confrontés au Rugby.

 

Déménageurs et virtuoses

La Carpe et le lapin

 

         Notre sport a ce merveilleux don de rendre possible le mariage de la carpe et du lapin. Il concilie l'inconciliable en permettant l'union des contraires !

 

            Les déménageurs de piano y sont autant au service des virtuoses que les artistes ont besoin des gros bras. Il y a dans cette activité la fusion des différences, la complémentarité des oppositions dans le respect des dissemblances, dans l'harmonie des similitudes.

 

            Dans notre société qui encourage la séparation des tribus, des clans, des groupes ethniques, le Rugby se nourrit des la complémentarité des différences.

 

            Nous avons les forts des halles, souleveurs de fonte, dévoreurs de sucres lents et surtout de protéines. Nos premières lignes ont peut-être la surcharge pondérale mais ils ont aussi l'amitié et la solidarité ancrées au plus profond du cœur. Ils sont les pierres angulaires, les fondations de ce mystérieux édifice que constitue une équipe de Rugby.

 

            Derrière eux et en dépit des lois architecturales se trouvent nos tours de guets, nos beffrois qui provoquent l'effroi de l'adversaire. Les secondes lignes règnent à la fois dans les airs et au ras du sol. Puissance, force et légèreté, ils doivent marier cette contradiction en formant un couple indissociable sur le pré.

 

            Suivent les plus roublards, les plus féroces parfois, les plus tendres aussi. Ils sont notre trait d'union. Les troisièmes lignes sont les rois de l'entre-deux : à mi chemin entre les grognards napoléoniens et la cavalerie légère. Ils sont capables de tout ; sur et en dehors du terrain et se mettent en quatre pour tous les autres alors qu'ils ne sont que trois.

 

            Au cœur de l'édifice, arrivent maintenant les demis. Ils sont appelés ainsi, non pour leur goût immodéré d'un boisson maltée (quoique …), mais parce qu'au centre du poste de commandement. L'un aboie, l'autre adroit, l'un teigneux, l'autre généreux, l'un chef de horde, l'ordre commandant des imprévisibles.

 

            Puis viennent les centres pourtant au milieu de nulle part. Aussi dissemblables l'un de l'autre qu'il est possible. Ils sont un curieux hybride entre la troisième ligne et les arrières. Ils ont nécessairement mauvais caractère, ne sont pas toujours bons compagnons, prêts qu'ils sont sans cesse à la moindre facétie au détriment de tous les autres.

 

            Enfin, il y a les inclassables, les incasables également. Caractériels et véloces, ombrageux et adroits, filous ou bargeots ... Ils ne sont jamais aussi bons que lorsqu'ils sont égoïstes. Ils doivent briller du travail des autres, les obscurs. Ce sont des aventuriers qui se lancent dans des raides insensés sans se soucier du labeur des autres.

 

            Dans une équipe de Rugby ; chacun, quelque soit son caractère, sa taille, son poids, sa vitesse ou sa force a une fonction, une place à tenir, une raison d'être au service de tous les autres.

 

            Dans cette confrérie humaine, cette chevalerie d'un autre temps, il y a paradoxalement deux rôles particuliers qui échappent à l'anonymat de ce collectif : le buteur et le lanceur. Volontaires ou désignés d'office, ils portent des responsabilités lourdes en cas de maladresse surtout aux yeux des  béotiens toujours prêts à leur imputer la défaite d'un collectif. Nous évoquerons dans une autre chronique leur immense solitude ...

 

Différemment vôtre.

 


2 : L'entraîneur

 

            Devant tous ces multiples, ces variables aléatoires comment créer un collectif : une communauté d'objectifs comme une communauté de tâches ?

Quel entraîneur être pour animer ce patchwork humain en répondant à des attentes aussi différentes les unes que les autres, parfois contradictoires, souvent antagonistes et rarement identiques.

 

            Une fois de plus recourons à un texte :

 

 

Entraîneur ...

 

            Les entraîneurs sont multiples, capables de tout pour atteindre ce Graal étrange et mystérieux : « La Victoire ». Voici quelques portraits des membres de cette tribu ils sont sans doute de mauvaise foi ça va de soi !

 

         En Traînant : Les plaies de la corporation. Toujours en retard sur le pré comme dans le métier. Ils courent sans espoir après la nouvelle règle, la dernière innovation, le geste à la mode … Ils veulent tout sans se former, ni se remettre en cause.

 

         En Lisant : Les glus dont les clubs ne peuvent se défaire. Ils savent tout, s'informent sur tout mais assimilent si peu. Ils récitent des structures, des combinaisons et des paroles proposées par des plus célèbres dans des livres ou des sites (leur nouvel Eldorado de l'information).

 

         En Fonçant : Les rois de la conviction inébranlable ou de la recette éculée. Ils campent sur des principes qui leur ont permis de briller un jour et qui depuis, ne se fondent sur aucune observation récente.

Rien ne changera jamais dans leurs pratiques.

 

            En Traînant : Les nostalgiques de leur jeunesse, les vieux-beaux gosses de la salle de musculation. Ils sont devant et s'appuient sur une VO2 à vous couper le souffle pour étayer la fiction d'une compétence technique qui n'est hélas, que physique.

 

 

         En Bringuant : Les princes du comptoir, les chantres de la « dive » bouteille. Ils mènent une vie de Patachon et sont adulés de leurs condisciples. Ils doivent encaisser plus que tout autre sans jamais débourser car tel est le véritable savoir-faire.

 

         En Lassant : Les charmeurs, les flagorneurs, les enjôleurs du pré et du club-house. Ils se paient de belles paroles et sont toujours payés de retour car les dirigeants, sous le charme,  adorent ces charmants garçons si doués dans l'art de la courbette qui n'est hélas d'aucune utilité en mêlée !

 

         En Tonnant : Les grandes gueules de la confrérie. Ils disposent  en tout bien tout honneur, d'un organe terrible qui fait trembler joueurs et supporters. Porte voix du jeu viril mais pas toujours correct, ils n'aiment rien mieux qu'une grande et belle générale ...

 

         En Merdant : Les soporifiques de l'activité. On finit toujours par en croiser un au détour d'une formation ou d'une compétition. Ils n'ont rien à dire et ces tristes sires n'ont rien compris de l'âme de ce jeu. Ils n'ont ni flamme ni imagination ni conversation et pire, ils n'ont aucun défaut !

 

         En Boitant : Les mécanos de l'entraînement. Sans cesse à la recherche d'un nouvel atelier, d'une nouvelle astuce  pour agrémenter les séances. Ils utilisent tout le matériel qui est à leur disposition et font d'un pneu ou d'une luge un usage techniquement surprenant.

 

         Et l'entraîneur idéal alors, qui est-il ?

Il est tout cela à la fois à la condition d'unir la préposition et le participe présent pour n'en faire qu'un mot. Il se dégage alors un portrait ambigu, coloré et instable car il doit être tout cela à la fois mais surtout par dessous-tout entraînant car les joueurs doivent prendre plaisir à s'entraîner.

 

 

En jolivement vôtre.


3 : L'apprentissage

 

 

            Nous avons dressé le tableau, présenté la diversité des joueurs et la problématique de celui qui doit les encadrer. Mais pour comprendre l'apprentissage, il faut le placer dans le contexte unique où il évolue : « La compétition »

 

            Cette compétition marque le temps plus sûrement qu'une programmation complexe et insaisissable. Le joueur de Rubgy se mobilise très différemment en fonction des périodes de l'année. Il y a la période pré-compétitive où les cartes sont redistribuées et où les apprentissages s'élaborent vraiment car ensuite, il ne faudra gérer ( puisque c'est le mot à la mode sportive) une activité à flux tendue : la compétition.  

 

 

Le Temps suspendu des apprentissages

 

 

            Cette fois, c'est enfin la Reprise ; ce temps miraculeux où tous les compteurs sont remis à zéro, où chacun croit en ses chances, où les espoirs et les rêves ne se sont pas encore confrontés au terrible principe de réalité.

 

            Durant ces mois en suspension, il n'y a plus de hiérarchie, plus de bâton de maréchal, plus de petits privilèges ou de grosses préférences ..., tous les joueurs mouillent le maillot pour montrer leurs compétences. Tous ceux qui ont envie de croquer le ballon sont présents, persuadés que cette année sera la leur, qu'ils seront les plus forts.

 

            Pour tous l'entraîneur est encore un homme loyal et juste.

            Tant qu'il n'a pas constitué la première équipe, il dispose souvent d'un grand capital confiance. Hélas, viendra inévitablement le jour du premier verdict : de 80 joueurs optimistes et favorables , il trouvera alors 22 satisfaits ( dont 15 plus particulièrement contents de ses choix) et 65 mécontents.

 

            Ainsi va la vie dans le sport, la compétition est souvent plus âpre entre les hommes que sur le pré. Celui qui a été loué la vieille peut-être maudit le lendemain.

 

            Il me faut donc goûter ce temps sans distinction, cette période sans sélection comme un moment  de pleine harmonie, sans doute le seul que je connaîtrais en terre betteravière.

J'en profiterai d'autant plus que c'est le temps du travail le plus passionnant ; celui de la mise en place des grands principes qui dirigent le mouvement des hommes et du ballon.

 

            Le Rugby s'apparente à la stratégie guerrière. Il est d'une grande complexité, d'une grande subtilité (et oui, il faut accepter cette évidence). Les entraîneurs doivent choisir parmi un grand nombre de possibles, il faut adopter des points de vue, il faut effectuer des impasses et mettre en avant des points forts. Une alchimie complexe qui doit être intégré ( c'est préférable ) ou comprise ( c'est souhaitable) par tous les équipiers.

 

            Le joueur doit agir en totale cohérence avec ses partenaires dans le respect de principes mis en avant par son entraîneur. La capacité à ce décentrer tout en agissant au maximum de ses capacités physiques et mentales est le plus grand défi que doit mener le joueur de rugby.

Il y a là une grande contradiction entre les intérêts d'un individu et les critères collectifs d'efficacité pour un groupe multiple dans sa  composition de 15 individus.

(C'est d'ailleurs le plus grand nombre qui existe dans les sports collectifs modernes.)

 

            Le slogan «  Rugby, École de la Vie ! » vient sans aucun doute de cette immense équation à 15 inconnus que chacun doit s'évertuer de résoudre chaque dimanche. et quand il faut ajouter les 15 adversaires, l'arbitre, le vent, le soleil ou la pluie, les rebonds du ballon toutes les autres variables encore plus aléatoires de la vie personnelle de chacun, vous pouvez apprécier le casse-tête qui sera le mien d'ici quelques temps.

 

            Alors, je profite de cette période de mise en place où il n'y a que des exercices et aucun problème, que des partenaires et aucun concurrent, que des joueurs et pas encore de spectateurs forcément déçus du résultat ou de la manière quand ce n'est pas des deux !

Pour l'instant, tout va bien, nous n'avons pas encore connu la défaite !

 

            Si paisiblement vôtre.

             BR

4 : Le match

 

Puis, vient la compétition, cette succession de rendez-vous où le joueur ne voit plus qu'une chose: son intérêt, sa sélection ou son exclusion du groupe, sa titularisation ou cette punition intermédiaire et si douloureuse que constitue le statut de remplaçant. Il agit uniquement en fonction de ces critères. Il consacre toute son attention et intègre par là-même consignes et stratégie s'il débute la partie. Il limite sa concentration s'il est remplaçant. Il passe au travers des apprentissages si pour ce rendez-vous, il n'est pas sur la feuille de match. Le jouer n'envisage pas les entraînements comme une progression logiques d'apports techniques et tactiques. Il y voit une alternance de séquences qui se ponctuent  et se limitent toutes au match à venir.

 

            Un nouveau texte présente cet état d'esprit :

 

Le temps des récriminations

Le tout à l'ego …

 

             Dimanche, c'est jour de match à la maison !

 

            Il y a là, pour notre homo-rugbytus, un rendez-vous très particulier. C'est un jour de joie à vivre avec les partenaires, la famille, une ville…

Ce jour, ou plutôt cette période, débute le vendredi à 19h30. C'est l'instant crucial de la composition. De la décomposition pour celui qui n'est pas dans ce collectif A, ce bâton de maréchal qui permet d'être reconnu par les siens, d'exister à ses propres yeux. C'est le temps de toutes les supputations, de toutes les projections.

–       Qui va sortir à la mi-temps ?

–       Combien de temps vais-je joueur ?

–       Quel rôle vais-je prendre dans la partie à venir ? ...

–        

C'est hélas, le temps des récriminations, des désillusions.

–       Pourquoi ai-je été écarté ?

–       Pourquoi me laisse-t-on au repos ?

–       Quand est-ce que j'aurai enfin ma chance au dessus ?

 

            Alors, il y a les palabres, les discussions à l'écart du groupe, les propos rassurants, les remontrances virulentes ou les promesses de jours meilleurs. Le verbe, toujours le verbe. Comme si l'entraîneur était avant tout un dialecticien et non un technicien. C'est le « Tout à l'ÉGO » qui coule à grand flot au cœur de notre station de contestation !

 

            L'entraînement prolonge les aigreurs ou les rancœurs. Seuls les titulaires ont la concentration nécessaire et le sourire aux lèvres. Les supplétifs traînent comme des spectres évanescents. Ils sont translucides, parfois transparents alors que le dimanche, ce sont eux qui devront être décisifs, emporter la décision par des entrées fracassantes, tonitruantes et marquantes.

 

            Les rejetés du collectif A sont dopés par cette injustice. Leur virulence est décuplée, ils sont près à manger du lion et de l'équipier premier. Il faut freiner leur ardeur dans des oppositions qui sont souvent plus saignantes que les prestations à venir, le dimanche lors du lever de rideau.

 

            C'est ainsi, l'homo-rugbytus ressemble étrangement à l'homo sapiens sapiens qui n'a pour seule perspective que son nombril ou sa Rolex !

 

            Il faut travailler, travailler encore et toujours pour que l'intérêt collectif prenne le pas sur les petites mesquineries humaines. Il faut façonner un esprit de club qui transcende les scissions d'un jour. Il faut que A et B, juniors cadets et jeunes école de rugby ne vibrent que pour un seul maillot, qu'importe l'étiquette et le numéro qu'il porte !

 

            Revenons à nos bougons, je m'égare. Nous avons partagé les soubresauts du vendredi soir ...

Il nous restera à narrer le samedi et la journée dominicale lorsque la grand messe a lieu au stade local. La suite dans les prochains numéros de ces chroniques-ovales et néanmoins pathétiques.

 

Dialectiquement vôtre. 

 


5 : La force de la parole

 

L'entraîneur dispose alors de sa parole pour cimenter les hommes qu'il a choisi, pour concerner ceux qu'il a mis en réserve de cette république ovale.

C'est le discours d'avant match qui va transcender les différences, les rancœurs passées et les différences fonctionnelles.

 

Quand tous ces intérêts contradictoires se retrouvent sous une même bannière, ils unissent leurs énergies pour un clocher, pour un maillot, pour un camarade. C'est le temps béni où 15 ne font plus qu'un et 22 tout autant.

 

Un autre exemple pour illustrer ce propos.

 

Pour le quidam

Rugby Mode d'Emploi.

 

            Le Rugby, sport paradoxal par excellence est souvent évoqué au travers de l'antienne :  « Sport de brutes pratiqué par des gentlemen ! »

             Il y a bien un aspect polymorphe dans une pratique quasi rituelle qui même un combat d'appropriation territoriale. La force, la puissance et le courage y sont les valeurs essentielles. On y devine aisément le portrait de notre brute.

Pour atteindre ses objectifs, il doit faire preuve de grandes qualités morales, d'intelligence pour appréhender la complexité du jeu et d'un sens du sacrifice anachronique. Cette fois c'est le gentlemen qui pointe !

 

            De cette dualité, le quidam étranger à la confrérie de l'Ovalie ne perçoit, le plus souvent, que les excès, les dérapages ou les blessures sanguinolentes du joueur en Rouge & Noir. C'est le guerrier, avec son cortège d'ecchymoses, de plaies et de bosses qui surgit de ce premier cliché.

Quand le combattant sort vainqueur des mêlées houleuses, des plaquages destructeurs, quand il a surmonté sa souffrance et sa peur pour sortir vainqueur de lui-même, il entre alors dans la folie des dérives exutoires. Il se fait soudard au cœur de la taverne ou du club-house. C'est ainsi qu'il est étiqueté, montré du doigt et frappé d'indignité au cœur de la cité.

 

            Mais la brute est pudique, il ne dira rien de l'autre versant de sa personnalité, de cette partie immergée que personne ne semble voir, tant la célébration catharsique de la rencontre dominicale s'impose à tous.

 

            Pourtant, au secret du vestiaire, une métamorphose s'opère. Le joueur échappe à l'individualisme dominant dans notre société pour se fondre dans un collectif d'un autre temps.

Cette mue se réalise par le truchement du Discours.

C'est le Verbe, la puissance des mots ou des évocations, qui transcendent celui qui va revêtir la tunique magnifique «  Sang & Deuil ! », cette carapace du héros médiéval.

 

            Cette étrange alchimie ne fonctionne pas à chaque fois.

Parfois les mots ont touché l'âme collective et de l'émotion a jailli l'énergie. Le groupe uni comme un seul homme, déterminé, inflexible, va balayer son adversaire comme fétu de paille.

D'autre fois, un grain de sable a grippé le mécanisme, le propos ne s'est pas fait rassembleur ; un mot de travers, une incompréhension manifeste et la chrysalide ne sortira pas du cocon.

L'équipe sera décevante, empruntée et triste.

 

            Ce mystère est difficile à comprendre pour qui ignore tout de ce laboratoire surchauffé qui sent l'embrocation et la sueur et qu'on nomme vestiaire. C'est là  que s'opère la transfiguration  du pratiquant  ordinaire en Dieu du stade (quel que soit son niveau de pratique). C'est là aussi qu'il fera le chemin inverse, qu'il quittera le maillot souillé pour reprendre ses habits civils. Mais on ne quitte pas l'Olympe sans faire un tour par l'enfer de la troisième mi-temps.

 

            Bien sûr, si ce détour doit se faire avec modération.  il demeure indispensable pour assumer une pratique qui est, au plus profond d'elle-même, totalement schizophrène.

 

 

Mystérieusement vôtre.


6 : L'émotion

 

Quel peut-être ce mystérieux message qui déclenche la fusion ou bien tombe à plat et annonce alors la défaite ou le mauvais match ?

 

Chacun à ses secrets, ses techniques, ses pratiques. Il y a de la sorcellerie, du vaudou ou de la magie. Il y a de la poésie, de la terreur ou des rêves mystérieux. Il y a la vie intime du groupe, l'histoire, l'actualité comme des tous petits riens qui font écho.

 

Il y a la vie et aussi la mort. La naissance ou une retraite, une blessure ou un mariage. Tout est prétexte à émotion. Toute émotion qui passe provoquera ce supplément d'âme qui est indispensable à la fusion des individus pour un objectif unique : « La victoire ! »

 

 

Frères d'âme.

 

 

            Betteravier un jour, betteravier pour la vie !

            Pour le meilleur : le sportif ou le festif mais aussi pour les aléas de l'existence, cette appartenance demeure au-delà de toutes les vicissitudes.

 

            Jamais je n'avais perçu avant autant d'acuité que dans ce club, ce le lien puissant qui unit chaque membre de la communauté Rouge et Noire à ses compagnons d'âme.

 

          Il y a les bons moments de la vie, ceux que chacun tient absolument à partager au cœur de cette grande famille :

–       N… conviant une escouade pour son mariage en sa lointaine terre balgentienne.

–       A… fêtant son union georgienne dans les vestiaires en compagnie de 50 témoins plus faux les uns que les autres.

–       J…, H…, L…, S…, T… célébrant la naissance d'un enfant avec tout autant de futurs Tontons si peu recommandables et très bringueurs.

–       …

 

            Chaque semaine ou presque, il y a des bougies à souffler, des fêtes à célébrer, des grossesses à annoncer, des succès à commémorer …

Une famille, une famille excessive certes, exubérantes parfois, mais toujours si chaleureuse !

 

            Il y a hélas, le versant noir de l'existence, cet autre côté auquel nul ne peut échapper et où l'on se sent souvent si seul !

 

            Là encore, les betteraviers répondent présents, se serrent autour de celui qui est dans la peine, lui offre cette simple présence si utile dans la douleur.

La dignité,, la compassion, la solidarité remplacent les excès des autres moments.

 

            Quand l'épreuve survient, c'est au sein de cette formidable confraternité que celui-qui est dans la peine souhaite se retrouver pour supporter l'insupportable et relever la tête !

 

            Il y  eu R…, perdant son grand-père la semaine de sa première cape, voulant absolument répondre présent sur le pré, honorant son aïeul par une victoire.

Ce deuil s'inscrivait alors dans ce qu'on doit considérer  comme la normalité des choses, de celles qui font mal mais que l'on accepte.

 

 

            Aujourd'hui, l'épreuve est plus terrible car injuste, inacceptable. Le départ d'un jeune homme de 23 ans en pleine forme après un accident si stupide, nous fait douter de tout : de la justice céleste ou de la destinée humaine !

 

            Dans ces moments si douloureux que plus rien ne semble avoir de sens pour celui qui les subit, J… a voulu rester parmi cette autre famille qu'il a fait sienne.

Au milieu de vous, avec vous, il va se fondre, un parmi tous les autres, pour que son cœur qui saigne batte au rythme de ses frères d'armes.

 

 

            Vous ne remplacerez jamais ce frère qui lui manquera toujours, mais il sait qu'il trouvera parmi vous amitié, compassion et présence affective.

 

            «  J…, tu seras aujourd'hui leur capitaine courage, leur capitaine de cœur en mémoire d'A…. Ils te marqueront leur solidarité sur le terrain avec la pudeur des hommes de ce pays. Ils te remercieront de ta présence en ces heures terribles pour toi par leur engagement total dans ce match que tu as voulu dédier à ton frère. »

 

            «  Chacun de vous, ses coéquipiers, sera à la hauteur de ce don que tu leur fais. Sur le terrain, il n'y aucune retenue, le meilleur de tous tes compagnons permettra d'honorer de la plus belle des manières la mémoire d'A… dans la dignité des hommes de Rugby !  »

 

           

            Merci J…  Bon match à vous messieurs.

 

            Confraternellement vôtre.

 

7 : Le leader

 

Et la partie peut débuter. Le relais alors est exclusivement le capitaine. L'entraîneur a si peu d'influence du bord. Ses conseils, ses colères, ses interventions sont peu de chose au regard du choc qui s'est engagé. Seul l'exemplarité du leader peut recadrer les dérives potentielles.

 

à suivre

 
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