Les nouveaux prévaricateurs
Un seul maître, un seul Dieu.
Ils ne sont pas fonctionnaires pourtant ils se réclament de ces grands commis d'état qui
se servent à la même soupe que ces petits subalternes qu'ils méprisent avec tant de hargne et de condescendance. Ils finissent par être couverts aussi, de la boue qu'ils ont remuée.
Ils commettent chaque jour le plus abominable crime contre la morale et la haute idée que nous nous faisions du service de la Nation ; la prévarication. Ce viol infâme de ses
devoirs envers la société qui vous a porté à cette haute fonction, cette négation des règles qui ont prévalu pendant des générations pour assurer le bon fonctionnement de notre
Pays.
Les prévaricateurs modernes sont nos nouveaux gouvernants, valets du Prince du
Fouquet's, adorateurs du Dieu Argent, ils fondent leur action sur la seule référence qu'ils acceptent : le Pognon !
Ils osent tout et rien ne les rebute dans ce domaine sonnant et jamais trébuchant. Des élèves ne viennent plus au lycée pour une multitude de raisons qu'ils ne chercheront jamais
à comprendre et encore moins à combattre. Ils se contenteront de les attirer avec la seule carotte qui fasse courir les premiers comme les seconds : une récompense pécuniaire !

Car nos prévaricateurs pourrissent tout, c'est même dans cette spécialité qu'ils sont
les plus efficaces. Pour eux, tout se résume à une ligne budgétaire et l'école comme pour tout le reste.
La ligne économie d'abord, en supprimant à tour de bras les postes et les structures spécialisées. La ligne flagornerie ensuite, en promettant des primes, des avantages, des
indemnités à ceux qui fermeront les yeux pour quelques sous de mieux. « Travailler beaucoup moins bien pour gagner un peu plus ! »
La ligne sucrerie et confiserie maintenant, en promettant de l'argent à ces élèves qui préfèrent l'école buissonnière à ce lieu sans perspectives ni lisibilité d'après eux.
Personne ne s'élève devant pareille abomination. Un salaire du labeur scolaire alors qu'il devrait y avoir la récompense jubilatoire de la découverte, de l'apprentissage et de la
réflexion.
Et on va fermer les yeux sur des années de désamour avec l'institution, d'insultes ou de
crachats peut-être contre des enseignants qui ne sont plus que des garde-chiourmes, de refus de travail et d'abrutissement à coup de SMS et de raps génocides. Au bout de ce parcours
« d'excrémence » les plus méritants dans leur exécration de l'école se verront courtiser par le seul point commun qu'ils partagent avec cette société : l'argent !
Nos prévaricateurs du jour sont recteurs ou inspecteurs généraux. Ils ont sorti de leur chapeau une révolution pédagogique qui fera date : le métier de l'élève ce n'est plus
apprendre, c'est seulement de faire acte de présence après une longue période d'absence qui deviendra enfin un investissement rentable.
Les prévaricateurs du lendemain seront les députés et les sénateurs qui ouvriront les
paris en ligne à ce pays qui résistait encore un peu à cet opium assassin qui va détruire à petits jeux le tissus social et toutes les fédérations sportives. Ils auront comme toujours la monnaie de
leur faiblesse, des récompenses souterraines pour ce travail de sape d'une société qu'on déshumanise de jour en jour.
Bientôt ils liquideront les services publics pour quelques amis de brasserie. Ils braderont les biens nationaux et quand il n'y aura plus rien à solder, ils chercheront encore à
vendre leurs âmes. Ils seront alors bien surpris quand ils s'apercevront qu'il y a longtemps déjà que cette transaction a été réalisée.
Prévaricatement vôtre.
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